Et de deux! Trois mois à peine après Untitled (Black Is), SAULT vient de sortir à nouveau un album. Au total, c'est la quatrième référence proposée en à peine un an et demi. Et ce, sans jamais baisser les standards de qualité. Loin de la pop digitale débitée au kilomètre, SAULT continue de tutoyer les hauteurs soul avec un panache et une obstination inédits. Bluffant.
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Et de deux! Trois mois à peine après Untitled (Black Is), SAULT vient de sortir à nouveau un album. Au total, c'est la quatrième référence proposée en à peine un an et demi. Et ce, sans jamais baisser les standards de qualité. Loin de la pop digitale débitée au kilomètre, SAULT continue de tutoyer les hauteurs soul avec un panache et une obstination inédits. Bluffant. Malgré la notoriété de plus en plus importante du projet, l'identité du groupe reste toujours aussi mystérieuse: pas de photos, ni d'interviews, et une entrée Wikipédia qui tient en moins de 200 signes. Seule la liste des crédits donne quelques indices. À la tête du projet, il y aurait donc le producteur londonien Inflo, connu notamment pour sa collaboration avec Michael Kiwanuka -le récent lauréat du Mercury Prize était d'ailleurs au générique du disque précédent. Le nom de la chanteuse Cleo Sol revient également régulièrement. Pour le reste, c'est le flou total. Jouer sur le mystère n'est pas neuf. Jusqu'ici, le gimmick (anti)marketing n'a cependant jamais pris le dessus sur la musique, ni sur le message: en restant caché en coulisses, c'est aussi la puissance de la voix collective que SAULT met en avant. En l'occurrence, il se fait l'écho direct du mouvement Black Lives Matter. Certains ont pu tiquer de voir un groupe anglais se greffer à ce point sur un combat parti des États-Unis. Quelque part, l'anonymat du groupe (tout comme le fait qu'il propose l'album en téléchargement gratuit sur son site), tient aussi à ça: éviter les accusations de "récupération" d'une lutte, certes très médiatique, pour insister sur son caractère universel. Sur la pochette de Untitled (Black Is), le poing était levé, raccord avec un album rongé par la colère. Sur celle d' Untitled (Rise), les mains sont désormais jointes. Pour remercier ou pour prier? Pour danser en l'occurrence. Le single Fearless vrille sous les cordes disco, tandis que le funk d' I Just Want to Dance fait mine de vouloir s'évader sur la piste de danse, entre basse à la ESG et percussions brésiliennes. Il ne faut cependant pas gratter bien loin pour retrouver l'exaspération. Sur I Just Want to Dance justement, on compte les pas autant que les morts: " We lost another life". Plus que jamais, la résistance s'impose. " We are the titans/We're united" , insiste Street Fighter. Cette fierté est illustrée par un mix musical, qui pioche dans 100 ans de musiques afro-américaines: soul, jazz, gospel, funk, disco, techno... Malgré cela, encore plus sur Black Is, l'amertume, voire le désespoir, pointe le nez. Parce que, justement, cette richesse ne résout rien? Dans sa conquête du monde, l'Amérique et son soft power ont largement picoré dans les musiques noires. Pour quelle reconnaissance? " Why do you keep shooting us?/Maybe you're uncomfortable", se demande SAULT, tandis que juste avant, il grince: " I see your little post, talking 'bout "BLM is my motto"/But you know it ain't" . Les musiques de "l'Atlantique noir" ont séduit le monde entier. Il est temps de rendre enfin justice à ceux qui les ont faites, presse SAULT...