Il y a le monde d'en haut et celui d'en bas. Un monde de privilèges, où tout est cher, parfois très cher même, et un autre où l'on ne peut que rêver aux cimes du premier. Certes, les vacances d'hiver se sont démocratisées, certes les mordus de glisse ne se retrouvent plus forcément dans les milieux les plus friqués. Mais la géographie du haut et du bas des pistes, découpant le microcosme en classes littéralement supérieure et inférieure, est toujours parlante, aux yeux de certains cinéastes au moins. Ursula Meier en apporte une belle et forte preuve avec son nouveau film, où un gamin du bas de la vallée, terre zonarde d'HLM et de déréliction postindustrielle, ne fréquente...

Il y a le monde d'en haut et celui d'en bas. Un monde de privilèges, où tout est cher, parfois très cher même, et un autre où l'on ne peut que rêver aux cimes du premier. Certes, les vacances d'hiver se sont démocratisées, certes les mordus de glisse ne se retrouvent plus forcément dans les milieux les plus friqués. Mais la géographie du haut et du bas des pistes, découpant le microcosme en classes littéralement supérieure et inférieure, est toujours parlante, aux yeux de certains cinéastes au moins. Ursula Meier en apporte une belle et forte preuve avec son nouveau film, où un gamin du bas de la vallée, terre zonarde d'HLM et de déréliction postindustrielle, ne fréquente l'univers du haut que pour y prélever par le vol les moyens de subvenir aux besoins vitaux de l'étrange petite famille qu'il forme avec sa s£ur. Simon monte et descend, Sisyphe de télécabine recommençant chaque jour de la saison ses man£uvres et ses larcins, dans une logique répétitive forcément sans issue. Une scène très touchante le montre s'attarder un moment sur une terrasse du haut, chose exceptionnelle, pour jouer au riche en compagnie d'une mère anglophone (Gillian Anderson, de la série X-Files!) et de ses enfants. Il les invite, il "joue à", porté par un désir que nous nous garderons bien d'évoquer pour ne pas dévoiler les secrets de L'Enfant d'en haut. Ursula Meier utilise à merveille la topographie, la symbolique, du bas et du haut, du pauvre et du nanti, pour simplifier car les contes, pas seulement ceux destinés aux plus jeunes, simplifient toujours pour faire sens. Sorti voici trois ans, un film très sympathique partait à l'escalade du sujet, en empruntant le versant comique avec beaucoup d'esprit et une certaine impertinence. Lucien Jean-Baptiste était le scénariste, le réalisateur et l'acteur principal de La Première étoile. On y voyait un père de famille vivant de petits boulots dans sa cité de banlieue parisienne, à Créteil, et répondant trop vite au désir de sa fille d'aller en vacances au ski. Sa promesse un peu légère d'emmener les siens aux sports d'hiver était prise au mot par sa femme, qui menaçait de le quitter s'il se dérobait comme d'habitude. Et Jean-Gabriel de devoir organiser, à la débrouille, un voyage dont la seule idée fait s'esclaffer ses potes: des Blacks à la neige, et sur des skis, la bonne blague! Bravant les préjugés du bas, puis ceux du haut (l'accueil de Bernadette Lafont, loueuse de chalet surprise par la couleur de peau de ses clients, est hilarant), la petite famille passera finalement un séjour certes mouvementé mais plein de bons moments. On ne saurait en dire autant de celui de Marilyne et Bruno, les personnages principaux du film d'Eric Guirado Possessions, sorti voici quelques semaines à peine. Le jeune couple (joué par Julie Depardieu et Jérémie Renier) a quitté son Nord prolétaire et plat pour louer un chalet de montagne à un promoteur qui les "baladera" au point de faire naître en eux des frustrations extrêmes, pouvant mener au pire... Inspiré d'un fait divers fameux (l'affaire Flactif), le film montre avec dureté des rapports de classe ambigus, et les ravages d'une jalousie qu'aucune bienveillance ne pourra brider, le fait que le propriétaire soit noir n'arrangeant rien dans l'esprit tourmenté de ses futurs bourreaux... Comme l'envers de La Première étoile, un drame cruel colorant la neige en rouge sang. l LOUIS DANVERS