Dire que certains appréhendent désormais les séries comme le phénomène des top models des années 80: des objets d'enthousiasme à l'intérêt éphémère, la marotte étrange d'une époque révolue. Alors que justement, cette année 2011 a été faste pour les séries. Du pur plaisir, après quelques saisons plombées ici par la crise des scénaristes, là par une crise de l'imagination.
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Dire que certains appréhendent désormais les séries comme le phénomène des top models des années 80: des objets d'enthousiasme à l'intérêt éphémère, la marotte étrange d'une époque révolue. Alors que justement, cette année 2011 a été faste pour les séries. Du pur plaisir, après quelques saisons plombées ici par la crise des scénaristes, là par une crise de l'imagination. Quelques suites ont particulièrement impressionné par leur maîtrise, comme celles de Breaking Bad et de Sons of anarchy. Mais la vraie claque est venue des nouveautés de la rentrée. Un début de saison d'une puissance stupéfiante, qui a déjà donné naissance à un culte, celui de Homeland (Showtime), héritière de 24 heures chrono, la dimension psychologique en plus. Homeland où Claire Danes, adorable ado de la bluette Angela, 15 ans, démontre l'étendue de la tessiture de son jeu d'adulte. Une petite nana fragile crédible dans un rôle mature d'agente de la CIA: c'est l'une des franches réussites de ce suspense paranoïaque qui a écoulé son dernier épisode peu avant les fêtes, et qui laisse d'ores et déjà une communauté de fans en deuil jusqu'à sa reprise, l'année prochaine. Maturité aussi pour Boss (Starz), thriller politique d'une intensité soufflante, plongeant dans les coulisses de la mairie de Chicago où le maire apprend qu'il est atteint d'une maladie dégénérative. Un homme trouble qui refuse d'abandonner le pouvoir, malgré la tête qu'il perd chaque jour un peu plus. Des mois précédents, on retiendra aussi Mildred Pierce (HBO) chef-d'£uvre de Todd Haynes avec une Kate Winslet au sommet de son art en féministe avant la lettre, et The Killing (AMC), polar pluvieux adapté d'une série danoise, épatant de fausse simplicité. Pour 2012, on attend bien entendu la 5e saison de Mad Men, restée longtemps dans les tiroirs suite à un différend financier entre AMC et la tête pensante de la série. Mais aussi Luck, saga de Michael Mann prenant pour décor l'univers des courses de chevaux, et pour tête de gondole Dustin Hoffman. Ou encore Alcatraz, nouveau bébé de J.J. Abrams, qui pourrait peut-être enfin faire lever le deuil qui a suivi Lost. Jorge Garcia (Hurley, de Lost) y sera plongé dans la célèbre prison, où des détenus et gardiens disparus refont surface. Une chose est certaine: aujourd'hui, le bonheur est dans la niche, la série pointue, livrée en petits morceaux par des chaînes et non des réseaux, abordant des thématiques complexes. Il est révolu le temps où toute la famille pouvait s'asseoir devant Prison Break et Desperate Housewives, chaque membre y trouvant de quoi se divertir. L'enthousiasme n'en est pas moins grand, que du contraire: il est multiplié par le nombre de pépites qui s'offrent désormais au téléspectateur. Mais il est sans doute moins fédérateur que les top models des années 80... l MY. L.