Malgré sa proximité temporelle et thématique avec les années 2020, la série produite par les fils prodigues de Boston Ben Affleck et Matt Damon se conçoit dans sa dimension historique. Démarrée en 1992, la chronique du "Miracle de Boston" qui a sorti la ville de la violence endémique et de la corruption est un récit qui éclaire le marigot contemporain. Dans une dynamique policière et une aura de film noir mieux huilée que la précédente, la nouvelle sais...

Malgré sa proximité temporelle et thématique avec les années 2020, la série produite par les fils prodigues de Boston Ben Affleck et Matt Damon se conçoit dans sa dimension historique. Démarrée en 1992, la chronique du "Miracle de Boston" qui a sorti la ville de la violence endémique et de la corruption est un récit qui éclaire le marigot contemporain. Dans une dynamique policière et une aura de film noir mieux huilée que la précédente, la nouvelle saison poursuit la dissection de ce corps social malade: racisme, sexisme, organisation clanique, vénalité post-reaganienne sur fond de spéculations morbides et d'épanouissement, aux yeux du grand public, du phénomène des gangs. Le système résiste plus ou moins mal aux changements administrés. Un an après une première enquête qui avait allié leurs intérêts contraires, le procureur DeCourcy Ward (Aldis Hodge) et son repoussoir, l'agent du FBI Jackie Rhor (Kevin Bacon), sont plus ou moins mis au placard. Les appuis de circonstances dont bénéficie Rohr se délitent les uns après les autres et sa vie de famille dévisse. Il rôde dans les marges du service à la recherche d'une faille pour revenir dans le game. Ward, de son côté, est écarté des grandes enquêtes et voit dans une guerre des gangs naissante l'occasion de se refaire. Quitte à franchir les limites de son éthique personnelle et de son devoir civil. Les meilleurs ennemis vont mettre un peu du vin mauvais de l'un dans l'eau de vie poisseuse de l'autre pour tenter de sauver ce qui peut l'être alors que le grand nettoyage a commencé, repoussant dans le suburbain gangrené les populations noires paupérisées. Les prémices de ce que David Simon a analysé dans The Wire y sont exposées, de manière moins efficace mais non sans une certaine acuité et un grand sens du rythme funky. Des trajets parallèles puis sécants de Rohr et Ward émergent une fameuse tension dramatique et des dialogues savoureux. Les deux acteurs et leur entourage direct (notamment Jill Hennessy dans le rôle de Jenny, la femme bafouée de Rohr) rivalisant de talent pour concentrer tous les conflits et non-dits qui irriguent la ville et abreuvent les agents de sa division.