Sous ses faux airs de Père Noël enjoué, barbe blanche et sourire débonnaire, Christian Rouaud vient de signer, avec Tous au Larzac, le documentaire le plus intensément politique mais aussi le plus réjouissant des dernières années ( lire la critique page 31). A 63 ans, le réalisateur y achève superbement un triptyque entamé en 2002 avec Paysan et rebelle, un portrait de Bernard Lambert, et poursuivi 5 ans plus tard avec Les Lip, l'imagination au pouvoir. " C'est à la suite d'une critique -p...

Sous ses faux airs de Père Noël enjoué, barbe blanche et sourire débonnaire, Christian Rouaud vient de signer, avec Tous au Larzac, le documentaire le plus intensément politique mais aussi le plus réjouissant des dernières années ( lire la critique page 31). A 63 ans, le réalisateur y achève superbement un triptyque entamé en 2002 avec Paysan et rebelle, un portrait de Bernard Lambert, et poursuivi 5 ans plus tard avec Les Lip, l'imagination au pouvoir. " C'est à la suite d'une critique -par ailleurs positive- de ce film dans Gardarem lo Larzac, et qui me reprochait de ne pas avoir fait allusion au rapprochement des ouvriers de Lip en grève et des paysans en lutte du Larzac, que j'ai décidé de faire un film sur ce dernier", explique un Rouaud qui avait renoncé aux scènes en question durant le montage, pour cause de durée excessive... Cent heures d'interviews et 50 d'archives ont servi de matière à Tous au Larzac, évocation passionnante d'un mouvement de révolte qui opposa pendant plus de 10 ans, de 1970 à 1981, les fermiers du désormais fameux plateau et leurs alliés gauchistes et non-violents à l'armée française qui voulait y étendre son camp. Un " vrai film de cinéma, qui doit se regar-der comme une fiction" est sorti de 6 mois de montage pour le réalisateur et son fils, monteur de profes-sion. Et ce film est un régal! " La lutte, c'est gai! C'est une jouissance collective!", clame un Christian Rouaud qui a voulu éviter le sombre romantisme des défaites, de ces révolutionnaires abattus " qu'on met sur des t-shirts". " Si de nombreux jeunes sont aujourd'hui émus par mon film, poursuit-il, c'est sous l'effet de la beauté d'une intelligence collective qui a su résister jusqu'à la victoire." Une victoire dont les gens du Larzac firent " quelque chose de bien en pratiquant le retour de la solidarité, s'engageant aux côtés des Kanaks, des Palestiniens, en se battant à Narita au Japon contre l'extension de l'aéro-port puis à Mururoa contre les essais nucléaires français..." Le cinéaste ne masque pas son optimisme à la vue de ces Indignés qui se fédèrent contre le système à la manière de " cette génération du Larzac, cette génération qui n'avait pas supporté que mai 68 s'arrête et qui s'est fédérée, par-delà toutes ses différences, pour lutter en commun!" " Le documentaire, c'est faire du vrai avec du faux", ironise en souriant celui dont le film est habilement scénarisé, mais a été montré à tous ses intervenants pour approbation préalable à son mixage final. Se souvenant des déceptions ayant succédé aux espoirs nés de l'arrivée de la gauche au pouvoir en France voici 30 ans déjà, et anticipant une possible victoire de François Hollande aux présidentielles de mai, Rouaud invite les révoltés de 2012 à " conserver à l'esprit que si la lutte doit précéder le bulletin de vote, elle doit aussi lui succéder si on veut que les choses changent vraiment..." l LOUIS DANVERS