Texte Louis Danvers
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Texte Louis DanversIl faudra encore patienter quelques semaines pour découvrir dans nos salles Inception, le nouveau film du surdoué Christopher Nolan. En quelques années seulement, le natif de Londres, qui fêtera ses 40 ans le 30 juillet, s'est imposé au rang des cinéastes les plus efficaces mais aussi les plus remarquables de sa génération. Bien situé sur la liste A des réalisateurs les plus prisés à Hollywood, il pratique le cinéma de genre avec un sens populaire indéniable. Mais il se distingue à chaque film par une complexité, une profondeur, que peu de ses collègues faiseurs de succès possèdent. Si Nolan aime et réussit les séquences d'action, l'essentiel, chez lui, se passe toujours dans l'esprit, dans la tête de ses protagonistes. Inception confirmant cette évidence de manière carrément littérale, puisque Leonardo DiCaprio y joue -aux côtés de Marion Cotillard, notamment- un voleur passé maître dans l'art d'arracher des secrets... au subconscient de ses victimes. Contraint à la fuite et de plus en plus isolé, cet as de l'espionnage psychique se verra offrir une chance de rédemption, mais il lui faudra cette fois non pas voler une idée mais en implanter une! Du thriller et du vrai, mais avec une dimension mentale qui fait la marque du cinéma de Christopher Nolan depuis ses (passionnants) débuts. Memento est le film de la révélation, un suspense "noir" d'une folle originalité, structurant son récit entre un déroulement chronologique (en noir et blanc) et un autre anti-chronologique (en couleurs travaillées). Un homme souffrant de troubles de la mémoire y cherche le meurtrier de sa femme, mais il oublie très vite ce qu'il réussit à découvrir, et est de plus hanté par des événements plus anciens. Un rôle en or pour Guy Pearce, dans une réalisation soufflante de nerf, d'énergie, d'une maîtrise narrative et visuelle, aussi, qui stupéfie venant d'un réalisateur même pas trentenaire! D'un coup, d'un seul, le descendant d'une famille irlandaise au riche passé devient la coqueluche de l'industrie du film. Pour son projet suivant, la Warner Bros lui offre pour interprète vedette ni plus ni moins que le génial et charismatique Al Pacino, que Memento a "électrisé". Remake d'un film norvégien, Insomnia est un polar halluciné, qui nous fait suivre un flic vieillissant, expédié en Alaska et y cherchant le coupable d'un meurtre horrible tout en attendant le résultat de l'enquête que mène sur lui la police des polices. Il souffre aussi d'insomnie, alors que le soleil ne se couche pas sur la région en cette saison estivale... Un suspense intense habite ce cauchemar éveillé, où Pacino signe sa dernière grande interprétation en date et où Robin Williams joue les serial killers... L'impeccable Nolan est désormais considéré comme une valeur sûre, et l'idée de lui confier le sort de la déclinante franchise Batman sourit aux décideurs de la Warner. Tim Burton avait poussé la saga vers un paroxysme d'étrangeté poétique, mais Joel Schumacher l'avait ensuite épuisée à coups de décalages kitsch et d'éloignement de la BD de Bob Kane. C'est donc une série bien mal en point que reprend le réalisateur de Memento. Batman Begins a un nouvel interprète, Christian Bale, et son scénario revient au tout début de l'histoire, du mythe. Ignorant la chronologie des films précédents, Christopher Nolan emmène le futur super-héros super-tourmenté en Asie, où il reçoit une formation surnaturelle avant de revenir à Gotham City combattre le monde du crime qui lui arracha jadis ses parents. Le spectacle est intense, la priorité donnée à l'action n'empêche pas l'exploration des névroses du personnage central, élément clé de l'£uvre graphique et justification de la (douloureuse) singularité de Batman. Un roman de Christopher Priest est à l'origine du film suivant de Nolan. The Prestige raconte la rivalité de 2 illusionnistes, une concurrence professionnelle mais aussi affective qui prendra un tour extrême, passionnel et violent. Le film est semé de rebondissements sensationnels, et 2 comédiens à la forte présence s'y livrent un mémorable combat. Christian Bale (encore) et Hugh Jackman sont très à l'aise dans l'atmosphère victorienne idéalement recréée, mais Michael Caine (majordome dans Batman Begins et autre comédien prisé de Nolan) brille lui aussi intensément. Last but not least, on retient bien évidemment l'apparition aussi surprenante que délectable de David Bowie en génie de l'électricité. Christian Bale et Christopher Nolan ne se quittent plus désormais, et prolongent rapidement la saga de Batman avec The Dark Knight. L'atmosphère est noirissime dans un Gotham City que dévaste un Joker plus inquiétant que flamboyant. Loin du délire "camp" de Nicholson dans le film inaugural de Burton, Heath Ledger fait du personnage un concentré de souffrance et de cruauté. Une performance extraordinaire, sombre diamant auquel le film, âpre et violent, offre un écrin superbe mais marqué d'un pessimisme qui fait de Batman, à la fin, un paria endossant (à tort et volontairement) la responsabilité du chaos... Une fin sacrificielle, non exempte de masochisme, et qui confirme Nolan dans son créneau de cinéaste de genre passionné par la psychologie de ses personnages, et fouillant leur cerveau comme peu de réalisateurs -hormis ceux de la grande époque du film "noir" des années 40 et 50- ont jamais osé le faire dans le cadre de la production commerciale.