Parler de la seconde saison de Westworld, série transhumaniste de HBO dont la premier pan s'était achevé dans un sommet de dramaturgie et de surprise, se rapproche des techniques de distillerie. Comment trier ce qui relève de l'information ou, pour employer l'expression désormais consacrée en français, du spoiler le plus éhonté? Comme sa grande soeur Game of Thrones, mais lui dès ses premiers épisodes, ce remake du film éponyme de Michael Crichton (1973) et de son sequel nébuleux, Futureworld (1976), a fait fonctionner à plein régime la machine spécul...

Parler de la seconde saison de Westworld, série transhumaniste de HBO dont la premier pan s'était achevé dans un sommet de dramaturgie et de surprise, se rapproche des techniques de distillerie. Comment trier ce qui relève de l'information ou, pour employer l'expression désormais consacrée en français, du spoiler le plus éhonté? Comme sa grande soeur Game of Thrones, mais lui dès ses premiers épisodes, ce remake du film éponyme de Michael Crichton (1973) et de son sequel nébuleux, Futureworld (1976), a fait fonctionner à plein régime la machine spéculative des fans. Les théories qui ont fleuri sur les réseaux sociaux ont atteint un tel point d'acuité parfois, révélant les sursauts (nombreux) de l'intrigue, que Jonathan Nolan et Lisa Joy, les créateurs de Westworld, leur ont adressé un clin d'oeil fabuleux de cocasserie il y a quelques jours: un sneak peak de 22 minutes supposé révéler les grandes tendances de la saison à venir... Mais qui très vite s'interrompt sur un clip de Rick Astley et le plan fixe d'un chien devant un piano (référence à des mèmes prisés d'Internet). Déjouant à la fois les théories des fans et les indices laissés dans leurs propres teasers et bandes-annonces, Nolan et Joy offrent d'entrée une oeuvre qui visuellement surpasse tous les émerveillements de la première saison. Et qui poursuit le questionnement des velléités transhumanistes et technophiles, en nouant et dénouant les temporalités et les symboliques. Dans le monde fabuleux du parc d'attractions Westworld, la révolte des hôtes androïdes contre les humains a culminé avec la mort de leur créateur Ford (Anthony Hopkins), tué par Dolorès, et la destruction des bureaux de Delos Inc par Maeve (Thandie Newton) et sa clique. La quête du labyrinthe, symbole de la conscience, ce graal des robots, a mené ces derniers aux portes de notre monde. Mais ailleurs, d'autres robots s'apprêtent eux aussi à déterrer la hache -ou le sabre- de guerre contre leurs maîtres. À moins que ce ne soit eux qui, in fine, tirent les ficelles. Si le côté tape-à-l'oeil d'un scénario qui aime un peu trop vanter son intelligence demeure, le casting et la mise en scène assurent un spectacle digne des grands classiques du cinéma. Pariez sur le retour de quelques têtes tenues pour mortes ou mises hors service. Pariez sur des coups de maître dramaturgiques et un véritable casse-tête chronologique à dénouer dès le troisième épisode. Pire encore que ce transhumanisme béat, Westworld questionne ici avec une admirable pertinence la narration, le storytelling, la vérité et la post-vérité, les fake news et autres "alternative facts". Les thèmes brûlants d'un monde de plus en plus à l'Ouest.