" Messieurs les censeurs, bonsoir!" Tous ceux qui ont fréquenté la télé en noir et blanc ont encore en mémoire la gifle de Maurice Clavel aux producteurs de l'émission A armes égales. Le journaliste-écrivain-philosophe n'avait apprécié que très modérément qu'on ampute dans son dos une partie de son reportage sur Pompidou -l'homme, pas le centre. Quarante ans plus tard, les ciseaux de la censure ne rouillent pas dans un vieux tiroir. Si l'on s'en sert par exemple comme appât sur Google News, on fait mouche plus de 2000 fois. Au bout de la li...

" Messieurs les censeurs, bonsoir!" Tous ceux qui ont fréquenté la télé en noir et blanc ont encore en mémoire la gifle de Maurice Clavel aux producteurs de l'émission A armes égales. Le journaliste-écrivain-philosophe n'avait apprécié que très modérément qu'on ampute dans son dos une partie de son reportage sur Pompidou -l'homme, pas le centre. Quarante ans plus tard, les ciseaux de la censure ne rouillent pas dans un vieux tiroir. Si l'on s'en sert par exemple comme appât sur Google News, on fait mouche plus de 2000 fois. Au bout de la ligne, du menu fretin (le leader populaire d'un boys band coréen menacé de voir certaines scènes " au comportement sexuellement trop explicite" de son show coupées au montage) mais aussi de gros poissons (Google qui se replie sur Hong Kong pour contourner L'£il de Pékin ou le film I love you Philip Morris, avec Jim Carrey et Ewan McGregor quand même, toujours non grata aux Etats-Unis en raison d'un propos -une histoire d'amour entre 2 hommes en prison- qui pourrait chatouiller la virilité des spectateurs à la morale aussi souple qu'une batte de baseball). Aucun territoire culturel n'est immunisé: de la musique aux jeux vidéo, tout le monde a droit à son quart d'heure d'éclipse. Principaux chefs d'accusation: le sexe, la violence, la religion et les intérêts économiques. Ici, on cache le sein d'un tableau de Tiepolo (Italie), là on tente de faire interdire un polar, Aux malheurs des dames de Lalie Walker, sous prétexte qu'il ternit l'image du quartier où se déroule l'intrigue (France)... Ces coups de Tipp-Ex peuvent étonner à l'heure où la mondialisation de l'information par écrans interposés, du smartphone au satellite de surveillance, nous promet la transparence totale. Les censeurs sont-ils à ce point idiots qu'ils pensent que leurs caviardages ne seront pas démasqués? Absurde, d'autant que la version originale, non expurgée donc, déboulera tôt ou tard, et amplifiée par le scandale, sur les autoroutes du Net. Combat d'arrière-garde, alors? Pas sûr. La carrosserie a changé, pas le moteur. Dès qu'il y a rapport de force (idéologique, économique ou politique), il y a des vérités qui dérangent dans les parages. Et donc tentation de les maquiller ou de les maintenir coûte que coûte dans le frigo. Simplement, la censure a changé de nature. C'est ce que constatait il y a 15 jours l'hebdo Télérama au terme d'une enquête fouillée, plus off que on the record, dans les eaux troubles de la télévision. L'autocensure, du bas au haut de l'échelle, a remplacé l'intimidation, le chantage et la menace. Conséquence: le brouillage est devenu invisible au détecteur de mensonges. Les barrières sont intériorisées. On évite par exemple soigneusement les sujets qui fâchent. Maurice Clavel, reviens, ils ont javellisé les cerveaux! lRetrouvez la chronique sur les séries télé de Myriam Leroy, tous les jeudis à 8h45, sur PURE FMPar Laurent Raphaël