Pas sûr qu'un cinéaste allemand ait eu le cran d'aborder la défaite nazie et la débâcle qui l'accompagna en se plaçant du point de vue des vaincus, en l'espèce une famille très marquée idéologiquement et plus particulièrement ses enfants fuyant à travers forêts et campagnes vers le refuge de la maison de leur grand-mère. La réalisatrice australienne Cate Shortland (révélée voici quelques années par un premier film sur l'adolescence, Somersault) a osé faire ce pari de s'intéresser pour une fois "non pas aux victimes des crimes nazis mais à ceux qui les ont commis". Certes son adaptation d'une nouvelle...

Pas sûr qu'un cinéaste allemand ait eu le cran d'aborder la défaite nazie et la débâcle qui l'accompagna en se plaçant du point de vue des vaincus, en l'espèce une famille très marquée idéologiquement et plus particulièrement ses enfants fuyant à travers forêts et campagnes vers le refuge de la maison de leur grand-mère. La réalisatrice australienne Cate Shortland (révélée voici quelques années par un premier film sur l'adolescence, Somersault) a osé faire ce pari de s'intéresser pour une fois "non pas aux victimes des crimes nazis mais à ceux qui les ont commis". Certes son adaptation d'une nouvelle écrite par Rachel Seiffert, The Dark Room, ne se concentre pas sur les parents mais sur des enfants n'ayant commis aucune atrocité, des enfants incapables de voir le monde autrement que le décrivait la propagande, des enfants endoctrinés... Shortland n'a pas voulu le moins du monde "minimiser les horreurs subies par les victimes", et elle ne joue pas dans son film la carte de l'empathie directe avec ses personnages. Mais elle qui est juive, et dont le mari (Tony Kravitz, également cinéaste) l'est aussi, a décidé de "surmonter (sa) propre colère, sa propre rage, pour développer ce point de vue fascinant qui place le monstre non plus à l'extérieur de l'humain mais bien à l'intérieur: le monstre du nazisme est entré dans cette famille, jusque dans la tête de ses plus jeunes membres. Imaginez ce que cela peut faire, dans votre esprit, lorsque tout bascule... " "A l'université, ma première thèse d'Histoire portait sur le fascisme, la seconde sur l'esclavage. J'ai toujours été intéressée par la corruption du pouvoir, thème développé par mon film non seulement au niveau de la société mais à celui plus intime d'une famille, une famille frappée par l'horreur et le chaos", explique la réalisatrice. "J'ai dû vaincre mes propres vues simplificatrices sur le sujet", poursuit celle qui écarta par exemple dans un premier temps la jeune et talentueuse interprète de Lore (lire la critique page 33), Saskia Rosendahl, "parce qu'elle était trop belle, trop proche de cet idéal de blondeur aryenne que les nazis exaltèrent tellement". L'insistance de sa directrice de casting vint heureusement, et in extremis, corriger le tir... Cate Shortland a vécu "un tournage chaotique, à cause de la présence d'enfants mais aussi des émotions très intenses vécues par chacun et des lieux où nous filmions, tels cet ancien camp de travail forcé pour ouvriers esclaves et ces deux maisons ayant appartenu à des familles juives chassées de leur foyer... " Le chaos ("tellement opposé à l'obsession de l'ordre des nazis!") inspire la cinéaste australienne, très sensible à la nature. Son film joue des éléments, de l'eau, du vent, les animaux y pullulent. Au montage, elle a "bataillé avec la monteuse qui avait comme priorité l'histoire, la clarté de la narration". "Chaque fois qu'elle s'absentait, je remettais des plans de nature sensuels et organiques!", rit une Cate Shortland bien dans son style comme dans son propos. LOUIS DANVERS