Entre Pierre Lemaitre et les éditions Rue de Sèvres, tout roule, et sur le bon timing. Deux ans après avoir obtenu l'adaptation de son prix Goncourt Au revoir là-haut, la jeune et ambitieuse maison s'attaque cette fois à la version BD de ses quatre romans policiers mettant en scène le commissaire Verhoeven et sa brigade criminelle aux statistiques flatteuses, contrairement aux apparences et à la taille du commissaire -1 mètre 45 exactement, pas tout à fait nain, mais clairement hypotrophique. Une sortie BD qui profite de la mise en lumière de s...

Entre Pierre Lemaitre et les éditions Rue de Sèvres, tout roule, et sur le bon timing. Deux ans après avoir obtenu l'adaptation de son prix Goncourt Au revoir là-haut, la jeune et ambitieuse maison s'attaque cette fois à la version BD de ses quatre romans policiers mettant en scène le commissaire Verhoeven et sa brigade criminelle aux statistiques flatteuses, contrairement aux apparences et à la taille du commissaire -1 mètre 45 exactement, pas tout à fait nain, mais clairement hypotrophique. Une sortie BD qui profite de la mise en lumière de son auteur original, lequel revient, lui, en littérature avec la suite très attendue d' Au revoir là-haut ( Les Couleurs de l'incendie, chez Albin Michel). Le tout alors que l'adaptation ciné de son Goncourt réalisée par Albert Dupontel vient de franchir le cap des 2 millions d'entrées en France. Bon timing donc, mais surtout bonne surprise: cette Brigade Verhoeven est un excellent album que l'on n'attendait pas. Qui dit polar dit enquête: le commissaire fait face à Jean, un jeune homme qui dit avoir truffé la ville de bombes fabriquées à partir d'obus de la Grande Guerre. Il menace de les faire exploser à intervalles réguliers si on ne libère pas sa mère. Une femme emprisonnée pour avoir tué, visiblement de sang-froid, la petite amie de son fils, en lui roulant dessus. Camille Verhoeven va donc devoir démêler le vrai du faux dans une relation mère-fils franchement chelou pour ne pas dire malsaine, et évidemment pleine de surprises. Et qui va plonger le malin commissaire dans ses propres souvenirs oedipiens: une mère peut mal aimer, mais reste votre mère... Premier des quatre volumes d'ores et déjà prévus, ce Rosie, tiré de Rosy & John, permet aux auteurs de placer leur propre petite musique et leurs visions des personnages sans oublier ni l'action, inhérente à la BD qui se veut grand public, ni les fondamentaux du serial de Lemaitre, basé avant tout sur les relations sociales et familiales, ainsi que sur les êtres humains qui se cachent derrière les monstres. Surtout, et c'est là la grande réussite de cette humble adaptation, au sens le plus noble du terme: le scénariste Pascal Bertho a intelligemment remplacé la densité et les multiples références de Lemaitre par un récit volontairement très lisible et léger. Une lisibilité qui doit beaucoup aux dessins aussi fluides qu'énergiques de Yannick Corboz, dont les racines d'animateur et de game designer font ici des merveilles. On s'est surpris à dévorer d'une traite cet album, facile à lire et surtout très plaisant: deux compliments pour tous les amateurs de bonne bande dessinée.