La plupart de leurs grands-pères sont venus en Belgique pour travailler dans les charbonnages... Issus de l'immigration, essentiellement turcque, tous en religion islamique (à part un gamin qui a choisi morale), ils ont une bonne dizaine d'années et doivent, si tout va bien, terminer leurs études primaires. Ahmet, Arda, Baran, Gizem, Mehmet Can, Melinda, Sefa et le malin mais fainéant Muhammet Ali sont inscrits dans la petite école communale de Cheratte. Une ancienne cité minière en région liégeoise où le paysage en toile de ...

La plupart de leurs grands-pères sont venus en Belgique pour travailler dans les charbonnages... Issus de l'immigration, essentiellement turcque, tous en religion islamique (à part un gamin qui a choisi morale), ils ont une bonne dizaine d'années et doivent, si tout va bien, terminer leurs études primaires. Ahmet, Arda, Baran, Gizem, Mehmet Can, Melinda, Sefa et le malin mais fainéant Muhammet Ali sont inscrits dans la petite école communale de Cheratte. Une ancienne cité minière en région liégeoise où le paysage en toile de fond laisse encore entrevoir les stigmates d'un particulièrement pénible passé ouvrier. Avec leur institutrice, l'incroyable, dynamique et pleine de bon sens Brigitte, arrivée là pour 15 jours et qui y enseigne depuis quasiment 30 ans, les gosses préparent leur CEB et apprennent la vie. Ils parlent d'amour, de mariage, de voile. Et, rattrapés par la morose actualité, débattent sur le harcèlement à l'école et les attentats bruxellois. Sorti en salles le 22 mars 2017, un an jour pour jour après les événements meurtriers de Brussels Airport et de la station Maelbeek, Enfants du hasard est un petit bijou d'humanité, une ode au vivre ensemble, à la tolérance et à la bienveillance. Le Carolo Thierry Michel, qui avait consacré ses premiers films documentaires au bassin minier et sidérurgique où il avait grandi, avait déjà en 1990 évoqué le thème de l'enfance dans Gosses de Rio. Un docu pour lequel il avait suivi pendant un mois deux adolescents cariocas. C'est cette fois un an que le réalisateur spécialisé dans la question congolaise ( Mobutu roi du Zaïre, L'Homme qui répare les femmes, Congo River) a consacré à son vibrant sujet. Terriblement humains, proches des enfants et de leur institutrice qui semblent tous avoir oublié leur présence, Michel et Colson évitent soigneusement les clichés et les raccourcis douteux. Les deux hommes se sont effacés, ont observé, proscrit la voix-off pour rendre compte au plus près et tout en finesse du quotidien. Si le documentaire d'une heure et demie est une vraie bouffée d'oxygène, un appel à cultiver ce qui nous rassemble et à comprendre que derrière les différences tous les enfants se ressemblent, c'est aussi sans prosélytisme un plaidoyer pour un autre enseignement. Un enseignement qui laisse la parole au gosse et raccroche sans cesse le programme scolaire à son histoire, son passé et son futur. Une pédagogie incarnée par une instit bientôt à la retraite, mûe par un enthousiasme sans limite, un sens de l'empathie qui manque trop souvent et un amour en toutes les situations palpable des enfants. Revigorant.