Fargo (saison 2)
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Fargo (saison 2) UNE SÉRIE FX CRÉÉE PAR NOAH HAWLEY. AVEC PATRICK WILSON, KIRSTEN DUNST, TED DANSON. DIST: FOX. 7 Noah Hawley a pris son temps pour aborder la deuxième saison de Fargo. Il fera d'ailleurs pareil pour la troisième, attendue en 2017. Autant boucler les scripts à double tour et attendre la neige pour tourner ce qu'il qualifiait récemment de "série d'hiver", quitte à faire frétiller d'impatience. Là où, de l'avis quasi unanime, la "série d'été" poisseuse et suante qu'est True Detective s'était un peu plantée dans une deuxième saison trop prétentieuse pour séduire -la première l'était aussi, mais avait suffisamment de coffre pour assumer-, Fargo a réussi à garder le cap. A un bémol près, on y viendra. Les dix premiers épisodes de Fargo, inspirés visuellement et scénaristiquement par le film éponyme des frères Coen, avaient enfanté deux personnages pivots: le premier, Lester Nygaard (Martin Freeman, parfait), petit comptable insignifiant, se transformait un peu par hasard en meurtrier sans panache. En miroir, Noah Hawley avait construit le tueur à gages Lorne Malvo, aussi sûr de lui que Lester était hésitant. Campé par un Billy Bob Thornton absolument hallucinant, Malvo s'était directement hissé, nous semble-t-il, au panthéon des figures marquantes du petit écran. Ce clivage apparent, Hawley a décidé de s'en passer pour son retour. Appliquant le principe de l'anthologie (une série où chaque saison renouvelle intrigue, personnages et casting), mais dans une forme de continuité narrative tout de même, le scénariste revient sur un événement maintes fois évoqué dans la première saison par l'ancien flic Lou Solverson: le massacre de Sioux Falls, qui sera l'enjeu majeur de ce nouveau script. On se retrouve fin des années 70, dans la neige de Luverne, Minnesota. Un triple meurtre improvisé s'y joue dans un dinner de bord de route... C'est autour de ce carnage que s'articule une histoire plus éclatée encore que la précédente, éclatée entre un couple impliqué malgré lui dans les meurtres, des flics désemparés devant le peu de logique des indices, et une famille mafieuse d'origine allemande confrontée à une guerre de territoire. A partir de là, Noah Hawley tisse une intrigue complexe, riche en personnages, mais par moments trop dispersée pour que l'on puisse s'identifier pleinement à l'un de ses protagonistes. Pour autant, les dialogues, véritable travail d'orfèvre appuyé par une mise en images tout aussi soignée, remettent les pendules à l'heure: Fargo, saison 2, reste une grande série portée par des comédiens inspirés (Kirsten Dunst en tête). Reste un détail: la fin bizarroïde du neuvième épisode. Nous ne spoilerons rien ici, mais si vous le regardez, demandez-vous, en notre compagnie, ce qui a bien pu se passer dans la salle d'écriture. Un coup de folie, un coup de fatigue? Ce twist venu... d'ailleurs nous laisse en tout cas un brin perplexe. Sans nous empêcher d'apprécier, dans son ensemble, une série qui allie toujours polar sombre et comédie noire avec beaucoup de dextérité. GUY VERSTRAETEN