En 2012, Xavier Boissel apparaissait dans le milieu de la littérature avec un petit essai étrange, Paris est un leurre, consacré au Paris fictif que l'état-major français décida de construire au large de la capitale afin de leurrer les bombardiers de la Première Guerre mondiale. C'était une déambulation à la recherche de ruines introuvables et négligeables, de traces d'un présent qui anticipait son propre futur...

En 2012, Xavier Boissel apparaissait dans le milieu de la littérature avec un petit essai étrange, Paris est un leurre, consacré au Paris fictif que l'état-major français décida de construire au large de la capitale afin de leurrer les bombardiers de la Première Guerre mondiale. C'était une déambulation à la recherche de ruines introuvables et négligeables, de traces d'un présent qui anticipait son propre futur. Depuis, Boissel a publié quatre romans explorant aussi, à leur manière, un paysage entre deux eaux, coincé entre hier, maintenant et demain, et tentant de négocier un compromis honorable entre les différentes strates du temps. Capsules de temps, qui marque son retour au genre de l'essai, permet de le comprendre: cette transaction est le seul sujet de son travail. En sondant, au fil d'anecdotes et d'observations tissées avec l'élégance consommée de celui qui sait qu'il n'y a pas de coïncidences, l'obsession humaine pour le fait d'enterrer, de sceller dans la pierre ou d'envoyer dans l'espace des preuves de leur mode de vie (sous forme de coffrets-cadeaux destinés aux générations futures ou à d'hypothétiques extraterrestres), il dresse en réalité un nouvel état des lieux de notre rapport aux ruines. Car rien ne passe plus vite que ce qui semble, un bref instant, incarner de manière parfaite l'image qu'une société, une nation ou une simple personne se constituent d'elles-mêmes. Comme l'écrit Boissel, il y en aurait pas moins d'une dizaine de milliers disséminées à la surface de la terre, de ces petites boîtes remplies, au hasard, de chewing-gums, de photos de famille, d'enregistrements musicaux, d'effigies d'Elvis Presley, et ainsi de suite. Certaines sont destinées à être ouvertes dans 50 ans, d'autres dans 8113 -et, de fait, il arrive parfois qu'une d'entre elles, dont on n'aurait pas perdu la trace, arrive à maturité. Alors, on l'ouvre. Le plus souvent, on n'y trouve rien qui ne fasse hausser les épaules, quand l'humidité ou les souris n'ont pas rendu tout le travail inutile.