D' ANDERS OSTERGAARD.
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D' ANDERS OSTERGAARD. Primé un peu partout où il est passé, nominé pour le prochain Oscar du documentaire, le film d'Anders Ostergaard fait frissonner. Prend aux tripes. Comme un coup de règle sur les doigts, de ceux qui vous font prendre conscience des grands écarts exécutés par les valeurs humaines. La Birmanie, aujourd'hui, tout le monde s'en fout, ou presque, c'est passé de mode. Tout au plus, les touristes savent qu'il vaut mieux cheminer en Thaïlande, ça a l'air plus sympa pour la santé... Mais il y a un peu plus de 2 ans, la Birmanie, c'était notre Haïti, notre cuvette à pitié, révolte et mauvaise conscience - en externalisé. Les conseils communaux enchaînaient les motions "Aung San Suu Kyi citoyenne d'honneur" et les moines en colère s'imprimaient jour après jour à la Une des journaux. Puis, les manifestations ont été écrasées, la révolution matraquée dans l'£uf et on est passé à autre chose. Burma VJ, mélange d'images d'archives filmées au poing et de reconstitutions, revient avec une force inouïe sur ces journées de septembre où, comme elle sait si bien le faire, l'Histoire a repassé les plats. Le réalisateur, Anders Ostergaard, n'est ici qu'un recréateur, un monteur - mais le montage est saisissant. Le vrai héros du film, c'est ce narrateur - appelé Joshua par convenance - qui commente jour après jour les prises de risques de ses semblables: il chapeautait alors une équipe de vidéo-reporters assez couillus pour filmer les mouvements de foule, petites caméras digitales en main (ou en sac-à-dos) et au péril de leur liberté. Grâce à eux, le monde des médias a pu diffuser des images de ce pays complètement cloisonné, dirigé comme un internat par une junte militaire fermement hermétique au concept de démocratie et de liberté. On y voit des moines bouddhistes partir en douce (mais ferme) révolte contre l'augmentation arbitraire et sévère des prix. On voit des étudiants prendre le relais quand lesdits moines rentrent dans le rang, minés par la répression. Puis on voit le couvre-feu, les rues désertes, et l'armée qui gagne. Et on sort de là avec, dans la bouche, le goût amer de l'impuissance, de l'injustice, en se rappelant qu'on est plutôt bien loti dans notre petit chez-nous. Burma VJ est diffusé dans le cadre d'un Thema "Résistances en Birmanie", et sera suivi d'un documentaire sur Aung San Suu Kyi.Guy Verstraeten