Bruxelles Noir
...

Bruxelles Noir 13 NOUVELLES PRÉSENTÉES PAR MICHEL DUFRANNE, ÉDITIONS ASPHALTE, 288 PAGES. 7 Il y eut d'abord les évidences: Brooklyn, L.A., Londres, Paris, Washington, Mexico... Puis des destinations plus exotiques: Delhi, Haïti, La Havane... Et désormais, après Marseille, il y a Bruxelles, devenue la 13e ville du monde à rejoindre Asphalte Noir, et sa collection qui dédie à une ville un livre et une anthologie de textes noirs, écrits et/ou rassemblés par des cadors du cru. Pour ce Bruxelles Noir, ils sont donc treize à avoir reçu commande de la part de Michel Dufranne, anthologiste pour l'occasion, de nouvelles bruxelloises et polardeuses, centrées chacune -seule contrainte- sur un quartier de notre ville-monde. Edgar Kosma s'invite ainsi rue de Flandre, Nadine Monfils investit la place du Jeu de Balle, Barbara Abel s'installe à Ixelles, Patrick Delperange fait du lèche-vitrines rue d'Aerschot... Et beaucoup se prennent le pied dans le tapis de l'exercice, tournant parfois à la leçon de "Bruxellois pour les Nuls", avec concours de zwanze et d'expressions bien "brusseleir", lesquelles nécessitent même -non peut-être- un glossaire en fin d'ouvrage... Reste les histoires, les atmosphères et une évidence: au contraire de ses prédécesseurs, Bruxelles ne s'impose pas sur la carte du monde du genre, et la Belgique se cherche toujours son nouveau Simenon. Si Paul Colize fait office de parrain et s'impose avec Nadine Monfils comme l'un des seuls routards du genre ici présents (sa Fraction de seconde prend place dans le Palais de Justice sous l'ombre des CCC), deux auteurs se distinguent de l'ensemble par une ambition autre que folklorique: Jean-Luc Cornette et son Apiculteur, qui fait du Prince Philippe et bientôt Roi un solide fumeur de joints et excellent cultivateur, et surtout la jeune Katia Lanero Zamora, qui transforme, dans Dédales, le quartier Matongé en nouveau Brazil, où dans un avenir proche, administratif et excellemment bien tapé, le statut de navetteur devient réellement cauchemardesque. Deux textes qui tiennent en réalité très peu du polar classique, et que l'on doit à un scénariste de bande dessinée et à une jeune auteure qu'on ne connaissait pas: c'est dire si le genre se cherche, à Bruxelles, d'incontournables représentants. Washington possède son Pelecanos, Londres sa Cathi Unsworth, L.A. son James Ellroy, Mexico son Paco Ignacio Taibo II; Bruxelles et la Belgique manquent encore de contemporains prêts à assumer pareil costume. Le fond pourtant ne manque pas, dans cette ville qui offre mille visages, mille identités et mille raisons d'y voir suinter de la noirceur. En fait peut-être trop pour en faire le tour et totalement les incarner, même en s'y mettant à treize. OLIVIER VAN VAERENBERGH