La première édition avait eu lieu l'an dernier au même endroit. Dans les murs prestigieux du Palais des Beaux-Arts s'étaient rassemblés durant 3 jours les principaux courants électroniques du moment: électro, minimale, krautrock... Entre vrais concerts et clubbing plus classique. Quelque 4000 personnes avaient fait le déplacement. Un joli score, dépassant même les attentes soulevées par ce qui n'était qu'une édition zéro.
...

La première édition avait eu lieu l'an dernier au même endroit. Dans les murs prestigieux du Palais des Beaux-Arts s'étaient rassemblés durant 3 jours les principaux courants électroniques du moment: électro, minimale, krautrock... Entre vrais concerts et clubbing plus classique. Quelque 4000 personnes avaient fait le déplacement. Un joli score, dépassant même les attentes soulevées par ce qui n'était qu'une édition zéro. Du 26 au 28 mars, le BEMF (voir aussi page 10) reprend donc ses quartiers au Bozar. L'affiche a toujours autant d'allure, avec e.a. Cluster, James Holden, Aufgang... Logique: l'ambition n'a pas changé. En l'occurrence, placer le BEMF sur la liste très sélect des festivals électroniques qui comptent, tels le Mutek (Montreal) ou le Sonar (Barcelone). Idée subsidiaire: participer au réveil de Bruxelles, ville trop longtemps endormie. Autrement dit: "Redorer le blason de Bruxelles sur la cartographie internationale des amoureux de musique, son aura de ville de pointe ayant doucement décliné depuis les années 80 et le boom new wave." Ainsi parle Darko, le grand manitou du BEMF. Lassé du clubbing enfumé et routinier, il a d'emblée voulu placer la barre du BEMF assez haut. "Ce que fait Darko est vraiment remarquable, reconnaît Nick Ramoudt, le boss du Fuse, l'insubmersible enseigne techno bruxelloise. Je me souviens qu'il n'y a pas longtemps un sondage désignait Bruxelles comme la ville la plus ennuyeuse d'Europe. Avec des personnes comme Renaud (Deru, alias Cosy Mozzy, ndlr ), Darko fait partie de ceux qui essaient de prouver le contraire. Ils tentent de faire bouger les choses, d'amener quelque chose de neuf."Bruxelles, la ville la plus sinistre d'Europe? Il faut bien l'avouer: cette réputation, la capitale de l'Union l'a longtemps cherchée. La situation est cependant en train d'évoluer. Bruxelles semble même avoir retrouvé un dynamisme qu'elle n'avait plus connu depuis longtemps. Les soirées se multiplient, le public afflue. "L'an dernier n'a été facile pour personne, note Nick Ramoudt. Tout le monde a senti la crise. Les gens sont sortis moins fréquemment, sélectionnant davantage les soirées, et privilégiant du coup les affiches plus évidentes. Mais aujourd'hui, la machine semble relancée. Au Fuse, on a même fait le meilleur mois de février depuis 2005!"Florence Atlas est à la tête du gratuit Nightcode. Elle confirme le regain d'activité nocturne de la capitale. "Bruxelles recommence en effet à bouger. Il y a un tas de chouettes soirées programmées en permanence. Il y la réouverture du Mirano, le Libertine Supersport au K-Nal, le Fuse qui continue à marcher tout en restant fidèle à lui-même. Et puis, il y a toute une série de soirées qui attirent un public plus jeune, comme les Fight Klub ou les Format T." La crise? "Elle a joué. Mais elle a aussi poussé chacun à être plus créatif. Sans compter, du côté des artistes, le phénomène Beatport: si vous voulez que votre titre ne se retrouve pas noyé dans l'immense catalogue de la plateforme numérique, vous êtes obligé de vous surpasser et de sortir du lot. "En juin dernier, le Dirty Dancing fermait ses portes, après 6 ans d'activités. Depuis, Lorenzo Serra et Renaud Deru ont lancé le Libertine Supersport, au K-Nal, rue du Port. "Entre la fin des années 80 et aujourd'hui, on a parfois eu le sentiment que Bruxelles avait été mise en quarantaine. Rien ne se passait. J'avais l'impression que, où que j'aille, les rues restaient identiques: rien ne fermait, rien n'ouvrait. A l'inverse d'une capitale comme Londres, où vous ne reconnaissiez plus le quartier 6 mois plus tard. Aujourd'hui, j'ai le net sentiment que ma ville revit. En termes de bars, par exemple, on n'a jamais été aussi fourni. Et au niveau du clubbing, cela n'arrête pas de bouger non plus. "Une explication? "Difficile à dire. D'un côté, je pense qu'il existe quand même actuellement une volonté politique de redynamiser l'image de Bruxelles -même si elle n'est pas toujours facile à comprendre. On veut montrer que Bruxelles n'est pas qu'une cité d'administrative ou une bourgade de campagne. Cela, jumelé avec une série d'initiatives privées, et la ville peut recommencer à bouger. " Dans les nuits bruxelloises, l'arrivée du Dirty Dancing en 2003 avait déjà un peu secoué le cocotier. "Je pense en effet que cela a ouvert une brèche. C'était la preuve qu'il y avait un public à Bruxelles pour des soirées qui ne se contentent pas d'aligner les top 50." Quand l'enseigne mit la clé sous le paillasson, on aurait pu penser que le soufflé allait retomber aussi vite. C'est l'inverse qui s'est passé. Non seulement le Libertine Supersport qui lui a succédé connaît le même succès. Mais en plus, tout se passe comme si la disparition du DD avait créé un appel d'air, chaque mois ou presque amenant son nouveau concept de soirée. Résultat: "Chaque week-end, plusieurs DJ internationaux sont de passage à Bruxelles, constate encore Nick Ramoudt. Ace niveau-là, comparé à Londres, on n'a pas de raison de se plaindre."Symbolique: depuis le mois de mars, l'équipe des soirées Plastic et Folies Bourgeoises a réinvesti les murs légendaires du Mirano, chaussée de Louvain. Avec pas mal d'ambition et la volonté d'imposer une programmation de qualité. Au point que certains en viennent à se demander s'il y a un public à Bruxelles pour une telle offre. Lorenzo Serra: "A chaque fois que l'un d'entre nous "booke" un gros nom, les autres stressent et se disent qu'ils vont ramer. Or jusqu'ici, c'est le contraire qui se passe: tout le monde fait le plein. " Florence Atlas abonde dans le même sens: "L'offre crée la demande. C'est comme les quartiers qui alignent les restaurants. Ils sont généralement tous bondés. " Et Lorenzo Serra de conclure: "Une ville qui vit, de jour comme de nuit, est une ville qui a une culture vivante, faite d'acteurs qui, chacun à leur manière, apporte leur bout d'étoffe au patchwork urbain... C'est ce qui la rend riche, intéressante à vivre et à visiter. J'ai envie que Bruxelles respire, pas uniquement grâce à sa Forêt de Soignes ou à sa cité européenne." Brussels Electronic Music Festival, du 26 au 28/03, au Bozar et Recyclart. www.bozar.be/bemf Texte Laurent Hoebrechts