Découvert à Locarno, confirmé à Cannes, Brillante Mendoza est ces jours-ci l'invité du Festival International du Film Indépendant de Bruxelles. Le circuit des manifestations cinématographiques, des plus prestigieuses aux plus pointues, est vite devenu l'ordinaire d'un artiste aussi doué qu'inclassable. Un cinéaste qui place en tête de ses priorités " d'être toujours aussi vrai que possible, par rapport à tel ou tel sujet mais aussi par rapport à tout ce qui est situé devant ma caméra". Une position qui l'amène à " ...

Découvert à Locarno, confirmé à Cannes, Brillante Mendoza est ces jours-ci l'invité du Festival International du Film Indépendant de Bruxelles. Le circuit des manifestations cinématographiques, des plus prestigieuses aux plus pointues, est vite devenu l'ordinaire d'un artiste aussi doué qu'inclassable. Un cinéaste qui place en tête de ses priorités " d'être toujours aussi vrai que possible, par rapport à tel ou tel sujet mais aussi par rapport à tout ce qui est situé devant ma caméra". Une position qui l'amène à " privilégier l'instant, ce qui naît au moment d'être filmé". Et de par exemple éviter de faire répéter les acteurs, de " préserver leur spontanéité" en ne leur donnant à l'avance que certains éléments d'un scénario par ailleurs " le plus souvent réduit à une ligne guide". Même une Isabelle Huppert, embarquée dans le formidable Captive, a dû se faire à cette approche très particulière, organique et parfois éprouvante. Mendoza se sent " un devoir d'authenticité" qui le rapproche sans nul doute, dans un style certes très différent, de l'£uvre des frères Dardenne, qu'il dit beaucoup admirer. " Il n'appartient pas à un cinéaste de juger, de condamner ni de justifier qui ou quoi que ce soit, c'est au spectateur de le faire selon ses propres convictions, à la lumière de l'expérience honnête proposée par le film", explique celui dont le premier long métrage Masahista fit sensation au festival de Locarno en 2005. Ce film abordait avec cran un thème de l'homosexualité encore tabou en Extrême-Orient. Les sujets délicats n'ont jamais rebuté Brillante Mendoza, de l'adoption d'enfants abandonnés ( John John) à l'univers du cinéma porno ( Serbis) en passant par celui du crime ( Kinatay, Prix de la Mise en scène au festival de Cannes 2009). Sans oublier le drame de l'infertilité dans son dernier opus en date, Thy Womb, trois fois primé au dernier festival de Venise. " Au bout du compte, quelle que soit l'expérience vécue devant nous par les protagonistes d'un film, ce qui capte notre attention, ce qui nous touche et même parfois nous bouleverse, c'est ce que nous avons de commun avec eux: l'humanité, quelque chose de basique dont un réalisateur digne de ce nom ne doit jamais détourner les yeux, même et surtout quand elle n'est pas confortable à regarder." Mendoza n'est venu au cinéma que sur le tard, à l'âge de 45 ans. Il avait jusque-là fait carrière dans la publicité. Pourtant, le moins qu'on puisse dire de son art est qu'il ne trahit aucunement quelque influence de l'esthétique commerciale. Résolument fictionnel mais en même temps chevillé au réel de manière quasi documentaire, son travail aussi singulier que prenant a ses détracteurs. Mais ceux qu'il touche le sont profondément. LOUIS DANVERS