Le 20 novembre 1975, le général Franco, alors âgé de 82 ans, s'éteint à Madrid. Après 35 interminables années de dictature, l'Espagne est balayée par un grand vent de changement et de liberté. Un renouveau qui touche tant le cinéma que le design, le graphisme, la bande dessinée ou la musique. L'esprit du punk va bien à cette nation qui se cherche de nouvelles valeurs. La Nueva Ola, la nouvelle vague ibérique, est rapidement victime de son succès, récupérée par les majors et bouffée par l'industrie. Certains refusent de vendre leur âme au business et de se perdre dans ...

Le 20 novembre 1975, le général Franco, alors âgé de 82 ans, s'éteint à Madrid. Après 35 interminables années de dictature, l'Espagne est balayée par un grand vent de changement et de liberté. Un renouveau qui touche tant le cinéma que le design, le graphisme, la bande dessinée ou la musique. L'esprit du punk va bien à cette nation qui se cherche de nouvelles valeurs. La Nueva Ola, la nouvelle vague ibérique, est rapidement victime de son succès, récupérée par les majors et bouffée par l'industrie. Certains refusent de vendre leur âme au business et de se perdre dans ces dérives commerciales. Ils joueront la carte de l'underground, du Do It Yourself et de l'indépendance, profondément marqués par la synth wave et le post-punk européens. Entre la cold wave et la pop bizarre des hommes-machines, le coeur de cette jeune Espagne balance. Il bat au rythme des synthétiseurs analogiques, des séquenceurs et des boîtes à rythme. Puis des sorties d'une poignée de labels pointus et exigeants. Le progrès sert souvent à renouveler des styles déjà existants. Mais pour certains, marqués au fer rouge par la science-fiction et les avant-gardes de début du siècle, il fait néanmoins office de philosophie. Célébrant la fusion de l'homme et de la machine, jouant avec les esthétiques robotiques et laborantines. Il y a ici des Cabaret Voltaire et des Throbbing Gristle du soleil. Des Kraftwerk qui aiment la paella. Des Devo sous perfusion de cerveza. Passionnante de bout en bout, La Contra Ola se promène d'atmosphères légères en ambiances de film d'horreur. De Madrid à Grenade, de Barcelone à Saint-Sébastien. Pop électronique avec Línea Vienesa ( Cangrejos En La Cocina) et les Zombies ( Extraños Juegos). Mais aussi funk, disco, hip-hop et dub rétrofuturistes... En 19 hymnes obscurs, la compilation du label suisse Les Disques Bongo Joe fait des merveilles. Pas besoin de comprendre ces groupes parfois très engagés, politiquement et culturellement, évoquant le totalitarisme, les crimes de masse et les malformations organiques... La synth wave spartiate et industrielle d'Esplendor Geométrico (le génial Moscú Está Helado), le technorchestre d'Alicante TodoTodo ( Autogas) et les inclinaisons tribales de La Fura Dels Baus ( Marea), initialement une compagnie de spectacles de rue, se suffisent à elles-mêmes et sautent avec aisance par-dessus les barrières de la langue. L'acte de naissance de la "tecno pop" espagnole est fixé au 9 mars 1981. Quand la garde civile embarquait à Madrid des spectateurs et des musiciens, encore semi-clandestins, du premier Simposium Tecno. Tous de la compilation, Los Iniciados, Aviador Dro et Ovifornia SCI figuraient à son affiche... La Contra Ola, irrésistible, raconte un petit bout d'Histoire (de 1980 à 1986) et les prémices de la musique électronique espagnole.