Cette fois, ça y est: la créature qui commande le vaisseau Infinity est arrivée au bout de sa huitième boucle temporelle. Comme on nous l'expliquait dans le premier tome paru il y a deux ans, " un Tonn Shar (la créature en question, sorte de poulpe à peu près inapte à tout, NDLR) peut suivre une trame temporelle, et au bout de huit heures révolues, décider de poursuivre ou de remonter les huit heures écoulées pour recommencer. Et il peut faire ça jusqu'à huit fois de suite." Un concept -la possibilité de revenir au début d'une trame narrative, au moment où le chemin a bifurqué vers une catastrophe, et littéralement réécrire l'histoire- qui a donc, logiquement, donné corps à huit albums et huit "reboots", logiquement aussi très inégaux, malgré un casting de dessinateurs et de scénaristes en forme de dream team: Zep, Dominique Bertail, Emmanuel Guibert, Olivier Vatine, Boulet, Franck Biancarelli, Fabien Vehlmann, Kris... Douze pigistes de luxe, tous amis de Lewis, se sont prêtés au jeu de cette SF hommage aux comics US à la Strange ou Titans, mais quand même très française dans l'humour et le traitement, pour arriver à ce huitième épisode en forme d'ultime climax.

La dernière boucle temporelle voit revenir les acteurs des sept précédentes, tous réunis pour enfin comprendre ce qu'est vraiment venu foutre leur vaisseau dans cette gigantesque nécropole de la taille d'une galaxie... La réponse sera à la fois épique, complexe et spectaculaire, et surtout menée cette fois par le lieutenant Reffo, un quinqua moustachu, bedonnant et légèrement obsédé sexuel qui ressemble à s'y méprendre à l'auteur Killoffer... désormais dessiné par Killoffer himself. Une mise en abyme entre deux paradoxes temporels et une masse de bons mots qui font tout le sel de ce dernier album et de cette saga foutraque. Sans doute un peu trop.

Plus indé que populaire

Au vu de son casting et de ses ambitions, Infinity 8 était donc rempli de belles promesses. Celles d'une science-fiction réinventée par une brochette de grands auteurs, répondant parfaitement aux nouvelles normes de la bande dessinée contemporaine: des séries limitées plutôt qu'interminables, des albums qui se succèdent sans devoir attendre un an, et un travail d'équipe à la Last Man qui rapproche un peu plus encore la BD franco-belge des us et coutumes des éditeurs américains, genre Marvel ou DC -la série a d'ailleurs été également éditée dans un pur format "comics", plus petit et moins cher. Au final pourtant, malgré ses ambitions populaires, Infinity 8 reste le fruit d'une addition de talents très "indés", à l'image de Killoffer qu'on lit rarement en dehors de L'Association.

Infinity 8 - T. 8: Jusqu'au dernier

De Lewis Trondheim et Killoffer, éditions Rue de Sèvres, 96 pages.

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