Expérimentation microtonale, rock lourd, jazz, disque concept... En 2017, King Gizzard and The Lizard Wizard avait relevé le défi presque insensé de sortir cinq albums psychédéliques sur son année. Et sacrément variés par-dessus le marché... Si les stakhanovistes australiens ont quelque peu soufflé l'an dernier, préférant les salles de concerts aux disquaires (et organisant tout de même toujours leur festival annuel, la Gizz Fest, à Melbourne), les voilà de retour à dos de kangourou et une nouvelle fois dans un registre où on ne les attendait pas vraiment. Quatorzième album depuis leurs débuts en 2012, Fishing for Fishies s'aventure sur les terres poussiéreuses du blues et les nettoie d'un étonnant coup de balai. À mille lieues de la tambouille pour stades de foot que servent depuis un bail maintenant Dan Auerbach et ses Black Keys...

Dans ce monde où " l'organique rencontre l'automatique, où le rustique croise la robotique (la pochette de l'album avait déjà tout dit) , où le passé et l'avenir fusionnent pour créer un présent magnifique", Stu Mackenzie et sa bête à sept têtes semblent se faufiler et s'amuser comme Eden Hazard dans les défenses anglaises. Fishing for Fishies s'ouvre sur le morceau du même nom (son clip cartoonesque est aussi drôle que totalement barjot) et rappelle la légèreté de leur album le plus pop, le merveilleux Paper Mâché Dream Balloon (2015), avant de s'envoler dans un solo d'harmonica. Sur la scène rock aujourd'hui si propice au ronronnement, King Gizzard, pas toujours évident à suivre, est un antidote à l'ennui. L'antithèse de tous ces groupes qui n'ont pas plus d'ambition que d'audace. Boogieman Sam résume bien toute la modernité de ce disque pop de boogie blues 2.0. On a bien ici ou là l'impression d'écouter On The Road Again sur Classic 21. De dévaler la route 66 et de traverser, dans un pick-up, carreau ouvert et une Bud à la main, les grands espaces et le désert américains. Mais c'est pour mieux se faire retourner d'un riff de guitare puissant, de grands écarts surprenants ou d'un désarmant refrain... Avec les Australiens, le boogie se fait même futuriste. Il se promène en rave, met un casque et s'aventure dans l'espace. Il y a à la fois ici du Jon Spencer, du T-Rex et du Giorgio Moroder. Du ZZ Top, du Daft Punk (si si) et du Stevie Wonder... " On a essayé de faire un album de blues, mais les chansons se battaient contre l'idée. Ou alors était-ce nous, résumait Mackenzie. En fin de compte, on les a laissées nous guider. Avoir leur propre personnalité et tracer leur propre chemin."Plastic Boogie (et son petit côté Supergrass) se dynamite d'un final sauvage. Real's Not Real démarre comme un Queens of the Stone Age pour virer pop song béate à la Lemon Twigs... Le Roi Gésier et le sorcier lézard continuent leurs tours de magie. Et nul doute qu'ils ont encore bien d'autres choses à sortir de leur chapeau.

King Gizzard and The Lizard Wizard

"Fishing for Fishies"

Distribué par Flightless/Pias. En concert le 08/10 à l'Ancienne Belgique.

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