A part au rayon musique, où il est admis que le sang noir du blues coule dans les veines de la plupart des courants électrifiés, du rock au rap, la communauté afro-américaine est la grande absente des manuels d'Histoire de l'art de l'Oncle Sam. On a bien en mémoire quelques pointures black (de Spike Lee à Toni Morrison en passant par James Baldwin ou Jean-Michel Basquiat), voire quelques mouvements esthétiques "colorés" (Blaxploitation et autre Harlem Renaissance), mais pas de quoi esquisser une trame visible sur le long terme. Comme si en dehors de ces individualités et poussées de fièvre sporadiques, les Noirs étaient restés muets sur le terrain culturel. Et pourtant, si l'on gratte un peu la surface de la version officielle qui lave plus blanc que blanc, on se rend vite compte qu'une poutre artistique afro-américaine traverse bel et bien tout l'édifice, simplement, elle a été largement dissimulée ou marginalisée par le racisme qui a pourri la chronique de ce pays, et dont l'onde de choc continue d'empoisonner les rapports entre Noirs et Blancs comme l'a douloureusement rappelé l'actualité des dernières semaines (...