"Est-ce que j'écoute de la musique parce que je suis malheureux ou bien suis-je malheureux parce que j'écoute de la musique", s'interrogeait Rob, le patron de Championship Vinyl dans High Fidelity, roman de Nick Hornby savoureusement adapté à l'écran par Stephen Frears. Dans le genre question existentielle, se jeter Salad Days par-dessus le paletot, c'est un peu se demander si on aime Mac DeMarco parce qu'on est heureux ou si on est heureux parce qu'on aime Mac DeMarco.
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"Est-ce que j'écoute de la musique parce que je suis malheureux ou bien suis-je malheureux parce que j'écoute de la musique", s'interrogeait Rob, le patron de Championship Vinyl dans High Fidelity, roman de Nick Hornby savoureusement adapté à l'écran par Stephen Frears. Dans le genre question existentielle, se jeter Salad Days par-dessus le paletot, c'est un peu se demander si on aime Mac DeMarco parce qu'on est heureux ou si on est heureux parce qu'on aime Mac DeMarco. Dents du bonheur, visage de doux ahuri et guitares ensoleillées... Le Canadien né il y a 24 ans à Duncan, en Colombie-Britannique, a la bonne humeur communicative. Certes, il circule sur le Web des vidéos du gugusse qu'on ne regarde pas avec ses enfants. Notamment une reprise du Beautiful Day de U2 durant laquelle il s'introduit des baguettes de batteur dans le postérieur... Freaking Out The Neighbourhood, extrait de son irrésistible album, II, enregistré alors qu'il glandait sévère chez lui en sous-vêtements, est d'ailleurs une excuse adressée à sa mère pour être la honte de la famille. Avec une mémé chanteuse d'opéra et un papy saxophoniste, on attendait sans doute autre chose chez les DeMarco qu'un slacker chantant son amour pour les cigarettes bon marché (Ode to Viceroy). "Pour une raison ou l'autre, ma mère écoutait de la pop country quand j'étais gamin, se souvient-il. Je détestais tellement cette merde que je me désintéressais de la musique. Je devais avoir quatorze ans quand elle m'est vraiment tombée dessus. Avant les sixties, les Kinks et les Zombies, j'étais branché années 80. J'aimais bien Human League qui devait servir de BO à l'un de mes jeux vidéo. Les Beatles ont changé la donne." Subatomics, Vertical Struts... Le petit Mac se met à arpenter les concerts locaux de punk et de garage. "Quand tu commences la musique, tu veux devenir le meilleur. Puis, tu entends Beat Happening. Et tu te rends compte que ce sont eux les champions... Ils savent à peine jouer de leurs instruments mais ils sont courageux. Alors, tu prends tes couilles à deux mains plutôt que d'essayer de devenir le nouveau Joe Satriani." Son premier groupe s'appelle The Meat Cleavers. Du blues rock garage. Une bonne blague. Très redneck. "En gros, on s'en servait pour se payer la tronche de tous les mecs qu'on n'aimait pas en ville." D'Edmonton à Vancouver, de Vancouver à Montréal, DeMarco trace sa route. Il enregistre deux albums sous le nom de Makeout Videotape. "Un peu le même genre de bazar que maintenant. Juste moi à la maison." Quand arrive Rock and Roll Night Club, son premier disque sous son nom, le premier aussi pour Captured Tracks (Beach Fossils, The Soft Moon...). "Mike, le boss du label, avait des parts dans un magasin de disques de Brooklyn: Co-Op 87. Un jour, il a débarqué dans la boutique alors que son vendeur, un bro à moi rencontré en tournée, écoutait un de mes morceaux sur Bandcamp. Il m'a envoyé un mail." Rejeton de Jonathan Richman, Mac DeMarco a tellement tourné l'année dernière que Salad Days a traîné. "Je ne suis pas du genre à composer sur la route. On est toujours en train de rouler, de jouer, de picoler ou de pieuter. Je n'ai vraiment pas le temps pour ça. Et de toute façon, c'est pas trop mon truc." Puis, DeMarco continue de tout faire lui-même. Le DIY en étendard. "Je pense être un control freak. C'est excitant de construire tes chansons tout seul. De les entendre naître et grandir. C'est quand même plus gai que de te retrouver en studio à dire à des mecs comment tu veux qu'ils sonnent. " Mac préfère collectionner les pop songs charmantes, sincères et décontractées que les disques rares. "J'achète des albums parfois mais je dois t'avouer que c'est surtout cool depuis que j'ai les miens. Je les échange... Je ne suis pas ce mec qui va te dire: "Hey dude, tu veux voir ma super rare édition japonaise en vinyle rouge d'Abbey Road? Elle m'a coûté 5000 dollars." Mais qui sait? Ça arrivera peut-être un jour." LE 18/05 À L'ORANGERIE AVEC CLOUD NOTHINGS ET MOUNTAIN BIKE.RENCONTRE Julien Broquet