Carol
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Carol DE TODD HAYNES. AVEC CATE BLANCHETT, ROONEY MARA. 1 H 58. DIST: TWIN PICS. 10 Mia Madre DE ET AVEC NANNI MORETTI. AVEC MARGHERITA BUY, JOHN TURTURRO. 1 H 43. DIST: TWIN PICS. 8 Le Fils de Saul DE LASZLO NEMES. AVEC GÉZA RÖHRIG, URS RECHN. 1 H 43. DIST: TWIN PICS. 8 À Cannes comme ailleurs, les voies du jury sont le plus souvent impénétrables, le palmarès faisant l'objet de controverses à répétition, postulat que l'on a pu vérifier il y a quelques semaines, mais aussi l'an dernier, lorsque le festival couronnait Dheepan, oeuvre mineure de Jacques Audiard, alors même que la sélection n'était pas avare en films majeurs. L'actualité DVD en apporte la démonstration, qui réunit avec Carol, Mia Madre et Le Fils de Saul, trois des films qui illuminèrent à des titres divers le millésime 2015 de la manifestation. Adaptant le roman The Price of Salt de Patricia Highsmith, Todd Haynes renouait dans Carol avec la veine mélodramatique de Far from Heaven. Soit, dans l'Amérique cintrée des fifties, la rencontre inopinée de deux femmes que tout sépare a priori -l'âge comme la condition-, et bientôt "piégées par l'intensité de leur attirance réciproque", suivant la formule choisie par Cate Blanchett dans le making of proposé en bonus Blu-ray. Associée à l'épatante Rooney Mara, l'actrice porte ce drame bouleversant à incandescence, la mise en scène millimétrée de Haynes transcendant les époques, jusqu'à faire de ce film, assurément le plus beau que l'on ait pu voir sur les écrans en 2015, un chef-d'oeuvre absolu. Nanni Moretti fait également oeuvre intime et universelle dans Mia Madre, le portrait sensible d'une femme en proie à la plus grande confusion (Margherita Buy, sensationnelle) alors qu'elle est confrontée au déclin inexorable de sa mère hospitalisée, tandis qu'il lui faut se dépatouiller avec un tournage difficile et les caprices de Barry Huggins (John Turturro, impayable), la star américaine qu'elle a engagée pour la circonstance. Projetant ses questionnements à l'écran, Moretti fait s'entrechoquer des sentiments divers, glissant de l'humour à l'émotion pour signer une oeuvre d'une intensité et d'une justesse tout simplement bouleversantes. Making of éclairant et scènes coupées hilarantes en bonus. Enfin, Le Fils de Saul, premier long métrage du cinéaste hongrois Laszlo Nemes, constitue une expérience de cinéma hors-norme, plongeant le spectateur au coeur de l'enfer des camps de concentration, la caméra chevillée à Saul Ausländer, prisonnier membre du Sonderkommando et, à ce titre, obligé d'assister les nazis dans leur plan d'extermination. Un homme qui, ultime parcelle d'humanité dans une horreur assourdissante et omniprésente même si maintenue bord ou hors cadre, va s'employer, jusqu'à l'obsession, à offrir une sépulture digne au garçon en qui il a voulu reconnaître son fils. Soit un film-choc, oeuvre essentielle accompagnée ici de Türelem, un court métrage de 2007, où Nemes, réalisateur virtuose, adoptait un dispositif voisin... JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS