Publié au mitan des années 80, Watchmen, le roman graphique culte d'Alan Moore et Dave Gibbons, faisait l'objet, en 2009, d'une adaptation d'un noir d'encre au cinéma, Zack Snyder, le réalisateur de 300, réussissant là où les Terry Gilliam, Darren Aronofsky et autre Paul Greengrass s'étaient cassé les dents. Dix ans plus tard (et quelques mois à peine après la série inspirée par l'uchronie à Damon Lindelof), le film se voit décliné dans une version ultime nettement plus longue que l'originale (3h35 contre 2h43), mais dont on mentirait en écrivant ...

Publié au mitan des années 80, Watchmen, le roman graphique culte d'Alan Moore et Dave Gibbons, faisait l'objet, en 2009, d'une adaptation d'un noir d'encre au cinéma, Zack Snyder, le réalisateur de 300, réussissant là où les Terry Gilliam, Darren Aronofsky et autre Paul Greengrass s'étaient cassé les dents. Dix ans plus tard (et quelques mois à peine après la série inspirée par l'uchronie à Damon Lindelof), le film se voit décliné dans une version ultime nettement plus longue que l'originale (3h35 contre 2h43), mais dont on mentirait en écrivant qu'elle est franchement indispensable. Derrière l'appellation "ultimate cut" se cache un montage du director's cut des Watchmen et du film d'animation Tales of the Black Freighter (inspiré d'une mise en abyme dans le comic book original relatant l'équipée d'un marin assoiffé de vengeance). Une greffe dont l'effet le plus sensible est de diluer la tension présidant au scénario, sans toutefois que la qualité de l'oeuvre ne s'en trouve fondamentalement altérée. L'action de Watchmen se situe en 1985, au plus fort de la guerre froide, alors que l'horloge de l'apocalypse affiche minuit moins cinq. Contexte trouble dans lequel les Watchmen, une galerie de super-héros rangés des affaires à l'exception du seul Rorschach, vont refaire surface, alertés par l'assassinat de l'un des leurs, le Comédien. Et de bientôt découvrir, confrontés à la perspective de leur élimination systématique, un complot de plus grande ampleur dans un monde engagé dans une course folle à l'autodestruction... Avec les Watchmen, Alan Moore réinventait la mythologie des super-héros (dont ils n'avaient d'ailleurs que le nom et peu de pouvoirs, à l'exception du Dr Manhattan), composant une galerie de psychopathes en puissance autant que de justiciers. Lesquels évolueraient, toutes failles, faiblesses et ambiguïté morale dehors, dans une réalité alternative où l'Amérique aurait gagné la guerre du Viêtnam, l'administration Nixon rempilant par ailleurs sans discontinuer. Un cadre exposé avec maestria par Zack Snyder dès le générique d'ouverture, passant un pan de l'Histoire américaine à la moulinette de deux générations héroïques, les Minutemen puis les Watchmen, en quelque raccourci vertigineux, avant de déployer une intrigue touffue dans une esthétique empruntant largement au film noir et à ses codes. Si Watchmen regagnait ensuite des horizons plus conformes aux standards du film de super- héros, il n'en a pas pour autant perdu en intérêt, arpentant les travées de la pop culture dans un climat de paranoïa aiguë et de violence exacerbée. Soit, en prise sur le chaos, un film de super-héros adulte.