Oui, on peut exposer autre chose que des planches de BD dans une exposition de bande dessinée, même lorsque l'on met en avant un album et un auteur en particulier: c'est en tout cas le défi relevé par le Centre Belge de la Bande Dessinée. Celui-ci vient en effet d'inaugurer une exposition d'un nouveau genre pour le genre, autour du Français Baru et de son dernier album en date en tant qu'auteur complet -Canicule, aux éditions Casterman, adaptation du polar écrit en 1982 par Jean Vautrin, et déjà porté à l'écran par Yves Boisset. Baru, l'auteur expressionniste et frontal de Quequette Blues, de L'Enragé ou de L'Autoroute du Soleil, appelle ça "une expo pédagogico-esthétique". Le CBBD, à l'origine de l'initiative, voulait, lui, "exprimer le cheminement créatif de l'artiste". Baru a donc, deux ans durant, conservé matériel et documents préparatoires nécessaires à la fabrication de son album: roughs, recherches de personnages, storyboard, photos, essais ...

Oui, on peut exposer autre chose que des planches de BD dans une exposition de bande dessinée, même lorsque l'on met en avant un album et un auteur en particulier: c'est en tout cas le défi relevé par le Centre Belge de la Bande Dessinée. Celui-ci vient en effet d'inaugurer une exposition d'un nouveau genre pour le genre, autour du Français Baru et de son dernier album en date en tant qu'auteur complet -Canicule, aux éditions Casterman, adaptation du polar écrit en 1982 par Jean Vautrin, et déjà porté à l'écran par Yves Boisset. Baru, l'auteur expressionniste et frontal de Quequette Blues, de L'Enragé ou de L'Autoroute du Soleil, appelle ça "une expo pédagogico-esthétique". Le CBBD, à l'origine de l'initiative, voulait, lui, "exprimer le cheminement créatif de l'artiste". Baru a donc, deux ans durant, conservé matériel et documents préparatoires nécessaires à la fabrication de son album: roughs, recherches de personnages, storyboard, photos, essais de couleurs... "Des choses que, souvent, on jette ou on perd. Mais j'aimais bien l'idée, alors j'ai tout gardé. Et puis je suis assez disert sur l'idée que je me fais de la bande dessinée et sur ce après quoi je cours."Cette "autopsie d'une oeuvre" qui, on l'espère, en appellera d'autres, ne se contente pas de mettre à jour cet essentiel travail de l'ombre: l'expo consacrée à Baru jouit d'une scénographie ambitieuse et imposante, le visiteur se promenant d'abord littéralement entre les pages très grand format de Canicule, agrandies comme rarement (et comme les dessins de peu d'auteurs peuvent se le permettre...), avant de découvrir cette arrière-cour laborieuse, commentée par l'auteur. Dont l'approche, et l'album, se prêtaient effectivement parfaitement à l'expérience: "L'image touche les sens du lecteur autrement que la littérature, nous avait-il brièvement expliqué le jour de l'inauguration, avant de rejoindre la visite effectuée par son ambassadeur. Les mots sont des abstractions, qui demandent une construction intellectuelle, à partir de laquelle il faut réinventer des images mentales. Au contraire, l'image est une expérience première, instantanée, qui va directement taper là où l'on ressent. C'est pour ça que la BD est pour moi proche du rock'n'roll. C'est le même rapport immédiat, ça ne passe pas par le cortex. Produire ce genre d'images, cette expérience émotionnelle primale, c'est ça que je recherche". Une quête décortiquée ici jusque dans les détails. Les décors, la recherche des personnages, les angles de vue, les problèmes ou atouts de fixité de l'image, mais aussi les questions de style, de récitatifs ou d'expressions du bruit... A travers exemples, travaux préparatoires et mots de l'auteur, l'expo invite à fouiller dans les questions que se pose quotidiennement un auteur au travail. Le choix de Baru et de Canicule s'avère donc riche, le bédéiste s'étant totalement impliqué dans cette adaptation très réfléchie: "Je suis exigeant, il ne s'agit pas ici de littérature illustrée, c'est une complète re-création. Il faut réincarner un univers, s'en emparer et surtout en trouver un qui mérite de devenir des images." Visiblement, les romans de Jean Vautrin, avec lequel Baru nourrit une relation amicale depuis près de 30 ans, lui conviennent parfaitement: Canicule, récit cauchemardesque et tendu d'un gangster sur le retour planqué dans la campagne française, et soudain confronté à plus fou et méchant que lui, s'avère du pain bénit pour cet enragé de Baru. Jeu d'ambiance, récit brutal capturé à hauteur d'hommes, personnages abîmés, arrière-fond social sans fard... Les univers des deux auteurs, tous deux Lorrains, se confondent. Et Baru n'en a d'ailleurs pas fini avec lui: il dirige désormais, chez Casterman, une véritable collection vouée à Jean Vautrin, dont il cornaque et surveille de près toutes les adaptations. Après son Canicule, il a en effet confié à Emmanuel Moynot le soin d'adapter L'homme qui assassinait sa vie, sorti il y a peu. Jeff Pourquié et Choizy devraient suivre également. "L'homme n'est pas bon, l'homme est méchant, l'homme est une brute épaisse, conclut Baru dans son exposition-autopsie. C'est ce que Vautrin essaie de dire par l'absurde quand il se pose des questions sur la nature humaine. Il dit une chose très simple, c'est qu'on est toujours capable du pire." Baru nous offre en tout cas ici le meilleur de son art. Et que les fétichistes se rassurent: des planches de Canicule sont bel et bien exposées en conclusion de l'expo. Manière brillante d'à la fois les désacraliser et les remettre en valeur: elles semblent encore bonifiées après avoir vu tout ce qui les a fait naître. CANICULE, AUTOPSIE D'UNE oeUVRE-VAUTRIN PAR BARU, JUSQU'AU 24/08 AU CENTRE BELGE DE LA BANDE DESSINÉE. 20, RUE DES SABLES À 1000 BRUXELLES. WWW.CBBD.BE ENTRETIEN Olivier Van Vaerenbergh