Compagnon de route de John Coltrane le temps d'un disque fondateur ( Ascension, 1966), Archie Shepp deviendra, avec l'altiste Marion Brown et le ténor Pharoah Sanders, l'une des figures centrales de la New Thing appelée aussi Free Music ou encore Great Black Music, appellation que le saxophoniste (soprano et ténor) adoptera lorsqu'il lui faudra définir son art. Engagé politiquement comme une partie des musiciens de jazz afro-américains de l'époque, il sera amené à quitter, dans les années 70, les États-Unis pour une Europe perçue alors comme un eldorado musical mais aussi révolu...

Compagnon de route de John Coltrane le temps d'un disque fondateur ( Ascension, 1966), Archie Shepp deviendra, avec l'altiste Marion Brown et le ténor Pharoah Sanders, l'une des figures centrales de la New Thing appelée aussi Free Music ou encore Great Black Music, appellation que le saxophoniste (soprano et ténor) adoptera lorsqu'il lui faudra définir son art. Engagé politiquement comme une partie des musiciens de jazz afro-américains de l'époque, il sera amené à quitter, dans les années 70, les États-Unis pour une Europe perçue alors comme un eldorado musical mais aussi révolutionnaire. La musique qui, aujourd'hui, répond au nom de Free Jazz n'aura eu de cesse de l'accompagner dans toutes les étapes de sa vie, dont l'éphémère quartette The New York Contemporary Five (1962) aura été le point de départ. Mais c'est sur le label créé originellement pour John Coltrane que Shepp, entre 1964 et 1974, va enregistrer ses meilleurs albums dont son chef-d'oeuvre absolu, le formidable The Way Ahead, publié (il n'y a pas de hasard) en 1968. Invité l'année suivante au Festival Panafricain d'Alger, il découvre dans la foulée l'Europe et décide de s'installer à Paris où il poursuivra sa carrière, enregistrant notamment pour le label Big. Le temps passant, comme une bonne partie des musiciens de sa génération, Shepp finira par se tourner vers le blues et les standards écrits ou popularisés par les inventeurs du bop (Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Bud Powell, Thelonious Monk) ainsi que leurs déclinaisons. Capté live à Jazz à La Villette en 2017 et en club à Mannheim en 2018, Let My People Go est l'une de ses plus belles réussites dans un genre, le duo saxophone-piano, qui est sans doute la formule musicale lui convenant le mieux -ainsi que l'ont démontré les formidables Going Home et Trouble In Mind, enregistrés avec le pianiste Horace Parlan il y a quatre décennies. À près de 80 ans, Shepp, au meilleur de sa forme, est accompagné dans ces deux séances de studio par son cadet, le pianiste Jason Moran. Ancien élève de Jackie Byard, Moran a fait ses débuts professionnels aux côtés de Steve Coleman et joué avec Lee Konitz, Charles Lloyd, Greg Osby et la chanteuse Cassandra Wilson avant de voler de ses propres ailes. Il se montre dans ces sessions à la fois présent et, simultanément, légèrement en retrait -une façon respectueuse d'offrir à Shepp tout l'espace dont ce dernier a besoin pour s'exprimer. Si le souffle du vieux maître est devenu plus court (surtout sensible au soprano), l'esprit de la musique jouée y est souvent sublimé. Mélangeant standards ( Isfahan, Round Midnight, Lush Life) spirituals ( Sometimes I Feel Like a Motherless Child, Go Down Moses), Shepp nous offre au final une formidable version du Wise One de Coltrane, sommet indépassable d'un album où le saxophoniste donne aussi de la voix sur trois titres.