Qui a déjà entendu parler du réalisateur français Édouard Luntz? À moins d'être étudiant en cinéma ou scénariste pour la télévision, ce nom n'évoque pas grand-chose pour le commun des mortels. Et pour cause: plus aucun de ses films n'est disponible. Julien Frey, scénariste de la présente bande dessinée, était, au tournant du millénaire, étudiant en cinéma à Paris et à la recherc...

Qui a déjà entendu parler du réalisateur français Édouard Luntz? À moins d'être étudiant en cinéma ou scénariste pour la télévision, ce nom n'évoque pas grand-chose pour le commun des mortels. Et pour cause: plus aucun de ses films n'est disponible. Julien Frey, scénariste de la présente bande dessinée, était, au tournant du millénaire, étudiant en cinéma à Paris et à la recherche d'un producteur pour son premier court métrage. Il va rencontrer dans ce cadre Édouard Luntz, homme rendu aigri par le rouleau compresseur hollywoodien. Darryl F. Zanuck, pilier de la Fox, avait refusé à l'époque Le Grabuge, film de Luntz qu'il produisait, le remontant après avoir écarté le réalisateur français. Celui-ci lui intenta un procès, qu'il gagna. Mais la Fox refusa dès lors de sortir le film. Luntz tomba dans l'oubli: fin de l'histoire. Face à l'aura de désespoir qui entourait le vieil homme, le jeune Frey ne donna pas suite aux propositions de production de Luntz. Quelques années plus tard, Frey recroise le chemin du réalisateur/producteur au travers de ses courts et notamment du procès avec la Fox. Luntz, décédé entre-temps et son oeuvre devenue invisible, Frey décide de partir à sa recherche. Il rencontre les protagonistes encore vivants de l'époque et, tel le chevalier de Cervantes, se donne pour mission de voir tous les films de Luntz. Pour ce faire, il va plonger dans les arcanes de la conservation des films en France, au Brésil (où a été tourné Le Grabuge) et aux États-Unis, patrie de la Fox. Véritable parcours du combattant, son périple met en lumière les rivalités, les vexations et surtout les enjeux financiers énormes qui régissent le monde pas si merveilleux du cinéma. Avec beaucoup d'humanité, d'humour également, les deux auteurs rendent un hommage touchant à tous les talents brisés par l'industrie cinématographique.