La nouvelle série d'Adam Price ( Borgen) aborde la question de la foi, de ses doutes, de ses crises et de leurs répercussions sur une famille. Celle des Krogh, "pasteurs de père en fils depuis deux siècles et demi". Le père, justement, sombre dans l'alcoolisme après avoir échoué à se faire élire évêque, alors que ses fils suivent une route déviant de la tradition pastorale. Après la politique, Price s'empare donc du religieux...

La nouvelle série d'Adam Price ( Borgen) aborde la question de la foi, de ses doutes, de ses crises et de leurs répercussions sur une famille. Celle des Krogh, "pasteurs de père en fils depuis deux siècles et demi". Le père, justement, sombre dans l'alcoolisme après avoir échoué à se faire élire évêque, alors que ses fils suivent une route déviant de la tradition pastorale. Après la politique, Price s'empare donc du religieux. Celui vécu comme éminemment personnel, une force qui fait vibrer ou sombrer l'intime. Celui aussi qui structure la sphère publique, à travers l'Église et les pasteurs qui jouent le rôle de berger, de psy, de directeur de conscience. C'est vers ce point nodal que gravite la série, en permanence au bord du gouffre, en examinant comment foi et culpabilité se transmettent de père en fils et, pour peu que ces derniers prennent des voies divergentes, se diluent. Au nom du père est ancrée dans la société danoise. Aussi, il faut un peu de patience (de foi?) pour se laisser pénétrer par les codes de la religiosité dont les Krogh sont empreints, pour sentir le poids de cette transmission contrariée, qui fait vaciller une tradition ancestrale sur ses bases. La série devient alors une réflexion comparative émouvante sur les formes et, surtout, les crises de foi. Mais la série prend un tour plus subtil et réflexif lorsque se dessinent, en creux, les failles d'un système patriarcal qui entend se défendre bec et ongles. L'incident qui précipite la chute du patriarche tyrannique n'est autre que sa défaite face à sa concurrente pour le poste prestigieux d'évêque de Copenhague, pressentie comme plus en phase avec la société. La quête personnelle et spirituelle de ses propres fils et leur manière d'embrasser l'altérité (islam, bouddhisme...) défient le père castrateur, l'éveil de femmes ancrées dans leur époque entame les fondations de la famille, de la fonction pastorale, et d'une certaine vision du monde centrée depuis des générations sur le leadership masculin.