Dans l'un des nombreux suppléments qui accompagnent le film, Just Philippot parle de La Nuée comme d'une " histoire très singulière en milieu agricole", le réalisateur français soulignant au passage qu'il n'a rien voulu lâcher en termes d'épaisseur humaine face aux difficultés techniques qu'imposait ce délicat projet. Et, en effet... Dans cet intéressant premier long métrage de genre, un nuage de sauterelles mutantes traduit les difficultés du monde agricole en cauchemar vampirique. Afin de sauver sa ferme de la faillite, Virginie (formidable Suli...

Dans l'un des nombreux suppléments qui accompagnent le film, Just Philippot parle de La Nuée comme d'une " histoire très singulière en milieu agricole", le réalisateur français soulignant au passage qu'il n'a rien voulu lâcher en termes d'épaisseur humaine face aux difficultés techniques qu'imposait ce délicat projet. Et, en effet... Dans cet intéressant premier long métrage de genre, un nuage de sauterelles mutantes traduit les difficultés du monde agricole en cauchemar vampirique. Afin de sauver sa ferme de la faillite, Virginie (formidable Suliane Brahim, pleine de justesse déterminée), mère de famille célibataire élevant seule ses deux enfants, s'y lance en effet dans l'entomoculture, et plus précisément dans l'élevage intensif de sauterelles comestibles, insectes bourrés de protéines qui ont tout pour remplacer la viande animale dans nos assiettes. Mais, peu à peu, ses proches ne la reconnaissent plus: elle semble avoir développé un étrange lien obsessionnel avec ses sauterelles, qui la pousse à aller toujours plus loin dans sa vertigineuse logique d'expansion... " Nourrir le monde de demain... À quel prix?", questionne la jaquette de ce bel objet. Résultant d'un appel à projets sur le film de genre lancé à l'initiative du magazine français So Film, le scénario de La Nuée pousse le mal-être paysan jusqu'à son paroxysme -jusqu'à la folie, donc. Son sous-texte écologique interroge le déséquilibre croissant dans le rapport de force entre l'homme et la nature. Devant la caméra de Just Philippot, le vampirisme -littéral- des insectes renvoie implacablement à celui -figuré- des humains: l'appât du gain et l'obsession du rendement comme sources définitives de la monstruosité, en somme. En ce sens, et toutes proportions gardées, le film, fort d'un regard patient, attentif aux détails, mais qui se clôt hélas sur un final abrupt moyennement convaincant, évoque l'improbable rencontre entre l'ancrage rural du Petit paysan d'Hubert Charuel et la dimension fantastique de La Mouche de David Cronenberg ou des Oiseaux d'Alfred Hitchcock. Présentation par Just Philippot, entretien avec les scénaristes, scènes coupées et commentées, storyboard, commentaire audio de l'équipe, conversation particulièrement sérieuse entre le réalisateur et un chercheur au CNRS autour des enjeux naturalistes et scientifiques du film... Le combo collector DVD/Blu-ray de La Nuée réserve quelques solides et généreux suppléments. Parmi ceux-ci, on conseillera tout particulièrement le visionnage des deux courts métrages antérieurs du cinéaste, Ses souffles (2015) et Acide (2018), glaçants petits coups d'essai portant déjà les germes de l'oeuvre à venir.