National Gallery
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National Gallery DE FREDERICK WISEMAN. 2 H 54. DIST: TWIN PICS. 8 Mr. Turner DE MIKE LEIGH. AVEC TIMOTHY SPALL, MARION BAILEY, DOROTHY ATKINSON. 2 H 24. DIST: EONE. 8 Frederick Wiseman s'est employé, tout au long d'un parcours documentaire entamé en 1967, à envisager la société par le biais de ses institutions, culturelles notamment. Après la Comédie-française ou l'Opéra de Paris, le cinéaste américain a donc posé sa caméra à la National Gallery, vénérable institution londonienne dont les 2400 tableaux constituent un panorama exceptionnel de la peinture occidentale, du Moyen-Age au XIXe siècle. Animé par une insatiable volonté de découverte, le réalisateur a accumulé quelque 170 heures d'images pendant les douze semaines qu'a duré le tournage, début 2012. Il en résulte un film en tous points passionnant, se multipliant avec un égal bonheur entre les galeries et les coulisses du Musée. Si les toiles (Rubens, le Titien, Vermeer, Holbein, Vélasquez...) accrochent, forcément, le regard de Wiseman, c'est aussi le portrait d'un lieu vivant que s'emploie à esquisser sa caméra. Stratégies de marketing, restauration des oeuvres, scénographie, ateliers pour malvoyants, visites guidées où la notion de transmission prend un sens particulièrement imagé et vibrant... Il n'est guère d'aspect de l'activité muséale qui ne soit ici pris en compte, l'auteur saluant l'Institution et la richesse de ses collections autant qu'il l'interroge dans son rapport au monde, à l'aune des enjeux d'aujourd'hui. Autant dire que cette immersion dans la National Gallery n'en finit plus de captiver, les trois heures de ce formidable documentaire laissant le spectateur/visiteur sur un sentiment enivrant, assorti d'un goût de trop peu. Magistral, tout simplement. Peinture et cinéma entament un dialogue foisonnant devant la caméra de Wiseman; il se prolonge dans Mr. Turner, biopic consacré par Mike Leigh aux 25 dernières années du peintre J.M.W. Turner, dont la toile Le Dernier Voyage du Téméraire fait d'ailleurs, incidemment, le lien entre les deux films. S'ouvrant sur une scène hollandaise où la photographie de Dick Pope se substitue lumineusement au pinceau, le film déroule un portrait tout en contrastes du peintre, qui prend ici les traits de Timothy Spall, à qui sa composition mémorable a valu le prix d'interprétation lors du dernier festival de Cannes. Bourru en première instance, et ne pouvant réprimer quelque grognement se perdant le plus souvent dans une grimace, le William Turner de Mike Leigh est aussi un individu paradoxal, dont la sensibilité unique trouvera à s'exprimer miraculeusement dans ses toiles. A sa suite, le réalisateur de Another Year signe un film fascinant, exploration de l'acte créatif dans laquelle on peut voir, accessoirement, une tentative d'autoportrait. Du grand art. JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS