Get Even
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Get Even FPS Édité par Bandai Namco et développé par The Farm 51, âge: 16+, disponible sur PC, PlayStation 4 et Xbox One. 5 Les ralentis surréalistes de Super Hot, le monde ouvert de Dying Light et l'incroyable témoignage des civils en temps de guerre de This War of Mine ont hissé la Pologne en tête des pays les plus créatifs en Europe. Les mauvaises langues attribuent ce succès à des bas salaires et des développeurs durs à la tâche, sinon exploités. Mais l'enviable position du pays de Witcher 3 et de Shadow Warrior relève aussi d'une insatiable volonté de rattraper un retard gaming dû au communisme. Gonflant un peu plus cette vague venue de l'Est, Get Even mixe FPS et narration comme nulle autre production. Du moins sur papier. "C'est une enquête pas un stand de tir", insiste Red lorsque le gamer veut foncer et tirer dans le tas. La voix de ce personnage mystère qui accompagne la quête amnésique de Cole Black -le héros du jeu- ne croit pas si bien dire. En début de partie, Get Even clignote en effet comme un jeu de tir centré sur le Corner Gun. Cette arme à feu furieusement originale se termine par tête pivotant à 90 degrés. Aidé d'une caméra, le joueur tire ainsi au coin d'un mur, tout en restant à couvert. Inspiré d'une (vraie) pétoire israélienne, le flingue se plie également à la verticale et fait alors feu comme un périscope. La promesse d'une grammaire ludique inédite s'annonce. Mais pas très longtemps. Certes, l'ADN hyper narratif de Get Even tient davantage de Heavy Rain que de Call of Duty. Mais des allées d'un cimetière aux souterrains d'un hôpital psychiatrique abandonné, The Farm 51 livre des niveaux d'infiltration subtils qu'il n'a pas terminés. Plus que l'IA défaillante des adversaires, les phases de combats ne poussent pas à jouer du Corner Gun avec créativité. Mention spéciale pour le Scan 3D d'Anomalies. Ce gadget faisant apparaître comme par magie des murets (derrière lesquels se planquer) et des bouches d'aération (dans lesquelles s'engouffrer) se demande pourquoi il a été invité au casting. Bardé d'appareils ingénieux qu'il ignore, le versant shooter de Get Even côtoie un jeu d'aventure au scénario en gigogne futé. Après avoir raté le désamorçage d'une bombe sur une femme kidnappée, le gamer comprend qu'il progresse dans une simulation. D'une plongée dans un hôpital psychiatrique à un vol d'arme high-tech en passant par les reproches d'une femme mystérieuse, les questions se superposent avec délice. Comme sur Quantum Break(des créateurs de Max Payne), la réalité se tord également. L'ambition d'une assistante de labo, l'orgueil du patrond'une entreprise d'armes et le désespoir familial d'un chercheur en neurosciences chavirent sur des thèmes classiques, torturés et doués. Mais le syndrome du chantier inachevé frappe également le volet aventure de Get Even. Caméra thermique et lumière bleue sont invoquées pour activer la bonne vanne ou trouver un code, sans jamais exciter les neurones. Get Even se résume à une pêche d'indices que l'on suit distraitement à travers d'interminables couloirs. Un terrible ennui synonyme de longue traversée du désert pour The Farm 51... Michi-Hiro Tamaï