Marvin Gaye, Sam Cooke, James Brown, Otis Redding, Ray Charles, Wilson Pickett: les cimetières rhythm'n'blues issus des années 60 sont remplis d'âmes aujourd'hui confinant au mythe. Mais que reste-t-il des grands anciens? Al Green, coincé dans les bénitiers de Memphis, et Aretha, en régime éternel, promettant un nouvel album en 2018. Génétiquement prompt à capitaliser sur les légendes, le business a pensé que l'époque obsédée par les recettes de cuisine pourrait réchauffer le répertoire historique d'Aretha Franklin...

Marvin Gaye, Sam Cooke, James Brown, Otis Redding, Ray Charles, Wilson Pickett: les cimetières rhythm'n'blues issus des années 60 sont remplis d'âmes aujourd'hui confinant au mythe. Mais que reste-t-il des grands anciens? Al Green, coincé dans les bénitiers de Memphis, et Aretha, en régime éternel, promettant un nouvel album en 2018. Génétiquement prompt à capitaliser sur les légendes, le business a pensé que l'époque obsédée par les recettes de cuisine pourrait réchauffer le répertoire historique d'Aretha Franklin. Et pourquoi pas via The Royal Philharmonic Orchestra, grande formation londonienne qui, depuis 1946, tire sa gloire de l'interprétation des classiques, mais pas seulement: l'orchestre d'une soixantaine d'instrumentistes s'est aussi fait connaître pour ses BO de films (Le Pont de la rivière Kwaï)et ses collaborations "pop" (The Nice, Yanni). S'entichant déjà à deux reprises de reprendre les masters vocaux d'Elvis Presley pour des albums symphoniques -à succès- parus en 2015 et 2016. Alors, pourquoi semblable resucée de l'originale Aretha Franklin -essentiellement celle des années 60- dans des arrangements de grande formation, ne donne-t-elle pas le même urticaire? D'après le dermato de service, la voix de la septuagénaire -Memphis, 1942- résiste à toute érosion transgenre via sa surpuissance émotionnelle. Le genre de tsunami chanté où les superlatifs restent de toute façon en deçà de la sensation vécue. De fait, l'Aretha Franklin vintage opérait quelque chose d'inouï: via des chansons profanes, jeter un pont entre le gospel millénaire de son éducation baptiste et le marché américain pop des sixties, enfin ouvert au service multiracial. Le Royal Philharmonic Orchestra a la bonne idée de mettre son armada au service total des morceaux et de la voix. Après, le jugement devient générationnel: est-ce qu'un(e) ado actuel(le) accro au R&B -ou n'importe quelle autre personne ignorant les aléas des années 60- pourra reconnaître dans ce disque l'éternité surnaturelle de la musique? Pour le croire, il y a l'envergure d'Aretha et le talent fou de ces chansons signées Otis Redding, Curtis Mayfield ou Hal/Bacharach: I Say a Little Prayer, Respect, People Get Ready ou Think, cette dernière étant l'un des rares titres célèbres (co)écrit par la chanteuse. Qui, toujours, s'empare de façon charnelle d'un morceau, l'enveloppe de son âme, y compris lorsqu'il s'agit de Let It Be, ici somptueusement transcendé par les cuivres, les cordes, le toutim et Madame Franklin.