Pour son stimulant premier roman, le journaliste belge Sébastien Ministru a choisi de s'intéresser à la trajectoire du sexagénaire Antoine, un "fainéant de l'ambition", "grand professionnel antipathique" catapulté directeur de rédaction d'un organe de presse à l'agonie, et dont la vie intime est source de tensions à au moins deux titres: d'une part, sa rel...

Pour son stimulant premier roman, le journaliste belge Sébastien Ministru a choisi de s'intéresser à la trajectoire du sexagénaire Antoine, un "fainéant de l'ambition", "grand professionnel antipathique" catapulté directeur de rédaction d'un organe de presse à l'agonie, et dont la vie intime est source de tensions à au moins deux titres: d'une part, sa relation longue, solide avec son compréhensif petit ami a tourné depuis un temps à l'abstinence sexuelle, le poussant régulièrement dans les bras de jeunes prostitués. Plus délicat encore, il tente sur le tard de se rabibocher avec son père, ex-berger sarde devenu acariâtre veuf qui vécut lui-même en concubinage avec une fille de joie. Transformé, depuis sa retraite, en spectre troglodyte de la maison familiale devenue infâme taudis, le vieux exige sur un coup de tête que son fils lettré le libère enfin de l'analphabétisme dont il a hérité de sa jeunesse misérable sur son île méditerranéenne. Revers du sort: Antoine n'est pas pédagogue, et peine à accorder ses propres sautes d'humeur à celles de son paternel. Coup de chance: l'une de ses escapades en sexe tarifé le met en contact avec Ron, jeune instituteur arrondissant de passes ses fins de mois difficiles. Au risque de faire imploser l'équilibre de son petit monde saturé de non-dits, le vieux beau le bombarde précepteur de ce vieillard peu commode "ce garçon que je payais désormais, non plus pour baiser, mais pour enseigner à mon père à écrire correctement son nom". Avec pour conséquence l'implosion rapide du culte de la non-communication et de l'indifférence mutuelle qui semblait régner jusqu'alors entre ces deux hommes butés. Une réelle réussite narrative, servie par une langue souvent brute de décoffrage.