Quelque part, ils l'ont un peu cherché. Quand on s'appelle Public Enemy et qu'on fait la manche sur les trottoirs du Net, il ne faut pas s'attendre à ce que les passants se bousculent pour mettre une pièce dans le chapeau. C'est comme si le Parti communiste belge frappait à la porte de la FEB pour solliciter un petit coup de pouce. Ou pour reprendre une image bien de saison, comme si Bart De Wever se rendait chez le Roi pour l'implorer de le nommer baron... La bande à Chuck D pensait pourtant avoir flairé le bon coup pour financer sa nouvelle plaque de métal hurlant. Plutôt q...

Quelque part, ils l'ont un peu cherché. Quand on s'appelle Public Enemy et qu'on fait la manche sur les trottoirs du Net, il ne faut pas s'attendre à ce que les passants se bousculent pour mettre une pièce dans le chapeau. C'est comme si le Parti communiste belge frappait à la porte de la FEB pour solliciter un petit coup de pouce. Ou pour reprendre une image bien de saison, comme si Bart De Wever se rendait chez le Roi pour l'implorer de le nommer baron... La bande à Chuck D pensait pourtant avoir flairé le bon coup pour financer sa nouvelle plaque de métal hurlant. Plutôt que de se lancer dans l'aventure de plus en plus hasardeuse de la production par la voie classique, les papys du rap ont mis tous leurs £ufs dans le panier du crowfunding. Un système de récolte de dons popularisé depuis quelques années maintenant par des sites comme Akamusic ou My Major Company dans les domaines aussi variés que la musique, le cinéma ou... le journalisme. Public Enemy lançait ainsi fin 2009 une souscription publique en ligne avec l'espoir de récolter 250 000 dollars. Après tout, pourquoi pas? Des inconnus ont bien émergé dunéant en s'appuyant sur cette chaîne de solidarité (le chanteur Grégoire par exemple). On a même vu des tire-au-flanc renflouer leurs dettes grâce à cette nouvelle forme de philanthropie. Las, malgré le tam-tam médiatique, les lascars américains n'ont récolté que 55 000 dollars après quelques mois de quête. La leçon est acide comme un reflux gastrique. Ce ne sont pas seulement les featurings du prochain album qui vont en prendre un coup. C'est l'étanchéité même du modèle économique participatif qui pose problème alors qu'il vient à peine d'être mis à l'eau. Si l'eldorado n'est pas au bout de la souris pour les artistes, où est-il? L'industrie du disque ressemble à une poule dont on aurait coupé la tête. Elle cherche désespérément un second souffle. Cette gifle n'empêche pas d'autres candidats à la "cybermanche" de tenter leur chance. Gang of Four s'en remet à son tour à vot' bon c£ur, mais en agitant quelques biscuits comme un voyage en hélicoptère avec le combo post-punk. C'est peut-être là que réside la clé du succès. Il faut que les bonus claquent comme les portes dans un vaudeville. Dans ce domaine, pas sûr qu'on puisse faire mieux que Marc Dorcel. Le pape du porno européen s'est lui aussi converti au financement communautaire. Et comme par hasard, dans son secteur, ça marche du tonnerre. En 3 jours, il a levé 40 000 euros pour son nouveau film, rien qu'en promettant à ses "producteurs" de figurer au générique, de participer au casting ou d'avoir un accès backstage. Une idée: si on lançait une collecte pour sauver la Belgique. Objectif: trouver quelques milliards et surtout la pierre philosophale qui ramènera la paix dans le ménage communautaire. C'est ça ou, dans une semaine, un mois ou un an, une vente aux enchères sur eBay... l Par Laurent Raphaël