Les voies de la distribution sont décidément impénétrables: bien qu'affichant le logo Paramount, c'est par le canal Netflix que débarque en nos contrées Annihilation, le second long métrage du Britannique Alex Garland, auteur, voici quatre ans, de l'épatant Ex Machina. Un clash entre le réalisateur et le studio est à l'origine de cette décision: à la suite de projections-test moyennement concluantes, la Paramount aurait exigé du cinéaste qu'il modifie le film (et sa fin), afin de le rendre plus accessible. Ce à quoi ce dernier, soutenu par le producteur Scott Rudin, détente...

Les voies de la distribution sont décidément impénétrables: bien qu'affichant le logo Paramount, c'est par le canal Netflix que débarque en nos contrées Annihilation, le second long métrage du Britannique Alex Garland, auteur, voici quatre ans, de l'épatant Ex Machina. Un clash entre le réalisateur et le studio est à l'origine de cette décision: à la suite de projections-test moyennement concluantes, la Paramount aurait exigé du cinéaste qu'il modifie le film (et sa fin), afin de le rendre plus accessible. Ce à quoi ce dernier, soutenu par le producteur Scott Rudin, détenteur du "final cut", se serait refusé, la major décidant en conséquence de ne sortir Annihilation en salles qu'aux États-Unis et en Chine, et d'en négocier les droits d'exploitation internationaux avec la plateforme de streaming. On se gardera ici de juger de la pertinence économique de cette mesure. Mais l'on se félicitera de l'intransigeance de Garland qui confirme avec ce film -même privé de diffusion sur grand écran, son support idoine- être l'un des auteurs majeurs de la science-fiction contemporaine. Sans nouvelles depuis un an de Kane (Oscar Isaac), son mari militaire, Lena (Natalie Portman), une biologiste, a la surprise de le voir réapparaître un jour, souffrant d'un mal inconnu et comme frappé d'amnésie. Et d'apprendre, après leur confinement dans une zone de haute sécurité, qu'il faisait partie d'une expédition ultra-secrète partie enquêter sur un mystérieux phénomène apparu sur la côte américaine, The Shimmer (le miroitement), expédition dont il serait l'unique survivant. Décidée à en savoir plus, et alors que l'étrange masse n'en finit plus de s'étendre inexorablement, Lena va s'enrôler dans une mission scientifique de la dernière chance, rejoignant quatre femmes parties sous la conduite d'une psychologue, le docteur Ventress (Jennifer Jason Leigh), s'aventurer au-delà du miroir. Sous sa luxuriante beauté, la jungle qu'elles y découvrent se révèle le théâtre d'étranges mutations organiques à l'impact dévastateur... Tant qu'à parler de mutations, Alex Garland signe, avec Annihilation, un hybride fascinant. Déclinant le film de commando au féminin (et offrant à Natalie Portman un emploi qu'elle endosse avec aplomb), le réalisateur réussit à concilier tension psychologique, instantanés d'horreur pure et science-fiction à teneur philosophique au gré d'un scénario adoptant une dynamique par paliers. Non sans donner à son univers des contours exaltants, par la grâce en particulier d'un imaginaire botanique échevelé. Soit, héritier du Artificial Intelligence de Steven Spielberg, du Arrival de Denis Villeneuve, mais aussi du Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, un modèle de SF spéculative carburant à l'autodestruction jusqu'aux confins de la folie... À voir.