On ne sait s'il est représentatif de tous les paradoxes du mauvais genre français décrit ci-contre, mais Antoine Chainas reste en tout cas un auteur qu'il fallait rencontrer: on l'a connu et apprécié comme auteur de la célèbre Série Noire pour des polars, cinq déjà, a priori fidèles à ce qu'on connaît de son éditeur (une identité française, effectivement très sombre et ancrée dans un certain réalisme social), mais on le retrouve aussi et de plus en plus fréquemment comme traducteur de nombreux auteurs anglo-saxons (Joe Hill, Matthew Stokoe, Frank Bill, Eoin Colfer), dont il revendique volontiers les influences. Un auteur a priori à succès qui pointait encore à la Post...

On ne sait s'il est représentatif de tous les paradoxes du mauvais genre français décrit ci-contre, mais Antoine Chainas reste en tout cas un auteur qu'il fallait rencontrer: on l'a connu et apprécié comme auteur de la célèbre Série Noire pour des polars, cinq déjà, a priori fidèles à ce qu'on connaît de son éditeur (une identité française, effectivement très sombre et ancrée dans un certain réalisme social), mais on le retrouve aussi et de plus en plus fréquemment comme traducteur de nombreux auteurs anglo-saxons (Joe Hill, Matthew Stokoe, Frank Bill, Eoin Colfer), dont il revendique volontiers les influences. Un auteur a priori à succès qui pointait encore à la Poste il y a cinq ans, écrivant la nuit, gagnant sa vie le jour. Aujourd'hui, les traductions ont remplacé le courrier chez cet hyperactif dont on se demande encore comment il fait, malgré sa réponse: "Comme tous les gens qui y arrivent: dans l'ordre.""Je crois avoir toujours été écrivain, mais je travaillais encore à la Poste en 2009, raconte Antoine Chainas. J'ai passé quelques années en Angleterre, j'ai traduit dans ma prime jeunesse des articles pour des magazines de jeux vidéo, j'avais un certain bagage. Je m'y suis mis avec le premier roman de Matthew Stokoe, La Belle vie. Je l'avais lu chez mon éditeur, qui hésitait. J'ai proposé de le traduire, le travail leur a convenu, on a poursuivi. A priori j'essaie de traduire des auteurs proches de moi, avec une vraie démarche, qui ne sont pas dans l'industrie. Mais je fais aussi des livres de manière plus alimentaire, pour des auteurs avec lesquels j'ai moins d'affinités. Mais il y a toujours quelque chose à découvrir, qui nourrit mon travail de romancier." Le romancier Chainas admet donc naturellement que Chainas le traducteur l'influence directement: "Il y a évidemment une porosité entre les deux, surtout, pour ma part, en termes d'intelligibilité. Ce travail m'a permis d'être parfois un peu plus académique et de toucher un public plus large, en étant moins vindicatif, avec une colère qui s'exprime de manière plus détournée, moins frontale, comme j'ai pu l'apprécier par ailleurs." Antoine Chainas le traducteur a par contre plus de mal à mesurer l'influence de l'auteur: "Est-ce un compliment ou une vacherie de me dire que l'on me reconnaît derrière mes traductions? Le but est quand même de s'effacer au maximum, même s'il m'arrive de reconnaître et d'apprécier la patte d'autres, Freddy Michalski par exemple (l'un des traducteurs de Ellroy, mais aussi d'Edward Bunker, James Lee Burke ou Palahniuk, ndlr)". Antoine Chainas admet en tout cas qu'il est bien un auteur français sous influence anglo-saxonne: "J'aime les écrivains à l'instinct, qui ne sont pas du sérail, qui écrivent avec leurs tripes: John Fante, Hubert Selby Jr, Harry Crews... En France, c'est surtout le nouveau roman qui m'a inspiré, Le Clézio, Nourissier, des auteurs très littéraires mais qui refusaient la narration classique et les ressorts du spectaculaire." Et la Série Noire dans tout ça? "Je me retrouve dans son identité, qui tient surtout au choix de son directeur de collection. Mais en tant qu'écrivains, nous travaillons tous dans notre coin, parfois aux deux extrêmités du spectre. Certains, comme DOA, sont dans le champ de l'ultra-réalisme; j'use plus volontiers du fantastique, de l'étrange. Je peux les admirer, mais ça n'a rien à voir". O.V.V.