Pérennisé depuis peu dans la collection permanente du MoMA de New York, Another World brillait comme un miracle technique, esthétique et narratif en 1991. Cette fable fantastique empruntait certes des ressorts ludiques de Prince of Persia, sorti deux ans plus tôt. Mais Eric Chahi y insufflait une vie, une vraie. Le créateur qui compte parmi les grands noms du gaming filmait en effet certains de ses objets pour transposer leurs mouvements dans son oeuvre. R...

Pérennisé depuis peu dans la collection permanente du MoMA de New York, Another World brillait comme un miracle technique, esthétique et narratif en 1991. Cette fable fantastique empruntait certes des ressorts ludiques de Prince of Persia, sorti deux ans plus tôt. Mais Eric Chahi y insufflait une vie, une vraie. Le créateur qui compte parmi les grands noms du gaming filmait en effet certains de ses objets pour transposer leurs mouvements dans son oeuvre. Résultat de cette rotoscopie en avance sur son temps: un dessin animé jouable, à nul autre pareil. Cette programmation douée n'est pas l'unique signature culte d' Another World. Coincé dans un monde parallèle entre Stranger Things et la Planète des Singes, Lester Knight Chaykin, son héros, y tisse en effet un lien mystérieux avec un humanoïde attachant. Pas de dialogue ni de barre de vie. Gorgé d'arrière-plans évoquant des menaces bien réelles, le jeu entre exploration, puzzle game et plateforme n'a pas pris une ride. Manette en mains, le titre réédité cet été sur Switch ne garde pas ses erreurs de jeunesse. Une touche unique du joypad sert ainsi au tir et à la course. La dualité perturbe. D'autant qu' Another World exige souvent de sprinter puis de tirer. Bardé de checkpoints vachards, le jeu n'en livre pas moins des trésors de gameplay, notamment dans l'emploi de son arme entre laser et bouclier. Des puzzles de baignoire qui se vident et se remplissent. Des combinaisons précises de sauts à retenir face à une inondation souterraine. Reflexes et logique se marient en harmonie. Sans barre de vie ni score, comme au cinéma. Cette réédition Switch permet de basculer, en direct, du rendu pixel original à un lissage HD augmenté de nouveaux décors. La minéralité des paysages extraordinaires du jeu ressort de plus belle. Mieux, la BO se complète enfin de nouveaux titres (optionnels) tout en nappes de synthé ambiantes. De quoi sublimer ce classique et pousser à rebrancher d'autre titres ( QuackShot, Flashback, Aladin, Earthworm Jim...) qui coursaient également avec talent le cinéma d'animation dans les années 90.