Qui se souvient encore de Fallen Angels? Et pourtant, de 1993 à 1995, en deux saisons et quinze épisodes, tous rassemblés ici, cette ambitieuse série d'anthologie (chaque épisode est indépendant et raconte une histoire complète) donne le vertige rien que par la liste des noms qui y sont attachés. Produite par Sydney Pollack, elle s'adjoint ainsi les services de réalisateurs de cinéma prestigieux, ou appelés à le devenir: Peter Bogdanovich, Jonathan Kaplan, Steven Soderbergh, John Dahl, Agnieszka Holland, Alfonso Cuarón, mais aussi Tom Hanks, Kiefer Sutherland et même un certain Tom Cruise pour...

Qui se souvient encore de Fallen Angels? Et pourtant, de 1993 à 1995, en deux saisons et quinze épisodes, tous rassemblés ici, cette ambitieuse série d'anthologie (chaque épisode est indépendant et raconte une histoire complète) donne le vertige rien que par la liste des noms qui y sont attachés. Produite par Sydney Pollack, elle s'adjoint ainsi les services de réalisateurs de cinéma prestigieux, ou appelés à le devenir: Peter Bogdanovich, Jonathan Kaplan, Steven Soderbergh, John Dahl, Agnieszka Holland, Alfonso Cuarón, mais aussi Tom Hanks, Kiefer Sutherland et même un certain Tom Cruise pour ce qui reste sa seule réalisation à ce jour... Devant la caméra, ça joue carrément des coudes, tellement tout le monde semble vouloir en être: Gary Oldman, John C. Reilly, Isabella Rossellini, Laura Dern, Alan Rickman, James Woods, Danny Trejo, Benicio del Toro, Danny Glover, Valeria Golino, Jennifer Grey, Peter Coyote, Brendan Fraser, Christopher Lloyd... Excusez du peu. Quant aux intrigues, à tiroirs et toutes situées à la fin des années 40 ou dans les années 50, elles sont (parfois très librement) adaptées de Dashiell Hammett, Raymond Chandler, Jim Thompson et James Ellroy. Soit la crème de la crème des maîtres du roman noir et tourmenté. Femmes fatales et manipulatrices, hommes imbibés et débandés, ambiances stylisées et abysses moraux, histoires à twist ou à chute, musique jazz et voix off solennelle quasiment systématique: le cahier des charges thématique et esthétique est on ne peut plus limpide. Et si l'ombre de Bogart plane bien évidemment sur chacun de ces quinze épisodes, la série, très pulp dans l'âme, évoque aussi beaucoup les comics Sin City de Frank Miller et leurs récits volontairement enfumés, parfois jusqu'à la confusion. Trop chère à produire, Fallen Angels connaîtra un succès mitigé, avant d'être prématurément annulée. Ouvertement archétypal dans les situations qu'il orchestre comme dans sa galerie de personnages constamment tiraillés entre le Bien et le Mal, l'objet vaut pourtant bien plus que la seule liste de stars ronflantes qui constitue son générique. En 30 minutes chrono, c'est à chaque fois tout un monde de mystère et de chausse-trapes plus ou moins apparentes qui se déploie à l'écran. Et à ce petit jeu, ce sont sans surprise Steven Soderbergh (l'ambigu et douloureux The Professional Man) et Peter Bogdanovich qui s'en tirent avec le plus d'honneur: la vie est tout sauf un conte de fées, nous rappelle fort à propos ce dernier dans un A Dime a Dance d'évidence marqué par le souvenir blessé de sa muse sacrifiée Dorothy Stratten. Tandis que The Black Bargain de Keith Gordon épate par son ampleur paranoïaque. Soit quelques-uns des vrais grands moments de trouble que réserve un ensemble dont le petit parfum de kitsch au charme suranné embaume comme un leurre des histoires sordides à l'emprise délétère. Noir, c'est noir.