" Lycéenne le jour, prostituée la nuit." Au début des années 80, le pitch d' Angel de Robert Vincent O'Neil ( Blood Mania) a tout du conte de fées inversé. Pensé à l'origine comme une relecture cradingue du Magicien d'Oz, le film se concentre en effet sur la double vie d'une adolescente de quinze ans, Molly Stewart (Donna Wilkes, révélée par Les Dents de la mer 2), bonne élève dans un lycée privé qui tapine sur Hollywood Boulevard à l'heure de faire ses devoirs afin de rembourser les dettes contractées par des parents ayant définitivement déserté le foyer familial. Quand un psychopathe nécrophile et gobeu...

" Lycéenne le jour, prostituée la nuit." Au début des années 80, le pitch d' Angel de Robert Vincent O'Neil ( Blood Mania) a tout du conte de fées inversé. Pensé à l'origine comme une relecture cradingue du Magicien d'Oz, le film se concentre en effet sur la double vie d'une adolescente de quinze ans, Molly Stewart (Donna Wilkes, révélée par Les Dents de la mer 2), bonne élève dans un lycée privé qui tapine sur Hollywood Boulevard à l'heure de faire ses devoirs afin de rembourser les dettes contractées par des parents ayant définitivement déserté le foyer familial. Quand un psychopathe nécrophile et gobeur d'oeufs crus sème la terreur dans les rues de Los Angeles, Molly, alias Angel, perd coup sur coup deux de ses amies, sauvagement assassinées, mais refuse de céder à la peur: elle prend des cours de tir pour se protéger et s'improvise justicière en talons aiguilles... On imagine mal Hollywood se fendre, en 2021, d'un remake d' Angel. Raison de plus pour se (re)plonger dans ce petit incontournable fauché du cinéma d'exploitation américain des années 80 sorti à l'époque par New World Pictures, la boîte de Roger Corman. Glauque et guimauve à la fois, empreint d'une lancinante mélancolie, le film fait de Hollywood Boulevard un personnage à part entière, où domine une galerie d'attachants marginaux. Majoritairement filmé en rue, sur le vif, il résonne également comme une condamnation sans appel du machisme décomplexé, qui finit -littéralement- par se faire dessus, mais aussi de la rumeur et du jugement social. En 1984, soit quelques mois à peine après la sortie du premier volet, Robert Vincent O'Neil se fend d'une suite où Molly prend cette fois les traits de Betsy Russell (qui deviendra plus tard l'un des visages récurrents de la franchise Saw). Plus rythmé et plus tapageur, plus violent et plus cru, plus raccord avec les standards du genre en somme, Angel 2: La Vengeance se montre moins ambivalent sur la question de la sexualisation de sa jeune héroïne. Le film, plus classique, gagne ainsi en efficacité ce qu'il perd en originalité. Quatre ans plus tard, Angel 3: Le Chapitre final, réalisé cette fois par Tom DeSimone ( Hell Night), avec Mitzi Kapture ( Les Dessous de Palm Beach), délaisse les trottoirs de Hollywood Boulevard pour le milieu du porno et de la prostitution chic. Le film y perd encore en singularité, mais derrière le faste et le clinquant des villas bourgeoises perdurent l'attrait et la revendication d'une certaine marginalité. Proposés pour la première fois en Blu-ray dans la Midnight Collection des éditions Carlotta, les trois films y bénéficient de nouvelles restaurations et de masters haute définition. Le premier Angel, particulièrement, s'y accompagne en outre de généreux suppléments: entretiens avec le réalisateur Robert Vincent O'Neil, l'actrice Donna Wilkes, le coscénariste Joseph Cala, le compositeur Craig Safan, scènes coupées et chutes... Un bel objet.