Ce n'est jamais sans une impatience certaine que l'on découvre une exposition de Jan Van Imschoot (1963). À nos yeux, ce Gantois exilé en France n'est rien de moins que l'un des derniers peintres baroques dignes de ce nom en vie. " Anarcho-baroque", a-t-il coutume de préciser. Outre la cinématographie de sa touche -il voue une admiration sans borne au réalisateur anversois Harry Kümel-, on aime...

Ce n'est jamais sans une impatience certaine que l'on découvre une exposition de Jan Van Imschoot (1963). À nos yeux, ce Gantois exilé en France n'est rien de moins que l'un des derniers peintres baroques dignes de ce nom en vie. " Anarcho-baroque", a-t-il coutume de préciser. Outre la cinématographie de sa touche -il voue une admiration sans borne au réalisateur anversois Harry Kümel-, on aime chez lui l'audace qui consiste à mêler sublime et trivial, sans hiérarchie... Exactement comme le fait chaque jour la vie. Pour son dernier accrochage, Van Imschoot s'est inspiré d'une toile du Caravage, vue il y a une vingtaine d'années, qui l'a marqué. Il s'agit de L'Amour endormi, une composition à l'huile datant de 1608, qui est conservée à la Galleria Palatina du Palazzo Pitti (Florence). On n'est pas surpris de la source. Le tableau donne à voir, sur fond noir, un Amour au visage boursouflé qui a bien l'allure de ce " petit salopard" que fustige le peintre flamand. Ce corps abandonné au sommeil livre dans le même temps son innocence et sa méchanceté, ce qui est absolument fascinant. Comme à son habitude, Van Imschoot se sert de la mythologie pour la remixer au vitriol de l'époque contemporaine #MeToo. Quel est cet amour, ce désir qui suscite des choses impossibles dans le coeur des hommes et dans celui des femmes? Sous le pinceau de l'intéressé, la face de l'épouvantable Cupidon n'est pas loin de celle d'un porc. On remarque qu'au passage, le sale petit bonhomme a perdu ses ailes. Entre les mains, il tient une feuille blanche qui s'interroge sur l'aposématisme, ce phénomène de stratégie adaptative permettant à certains organismes vivants d'échapper à la prédation. Dans les pattes de l'initiateur de toute prédation en ce monde, le message ne manque pas de faire sourire. D'autant que la peinture elle-même se plaît à jouer des couleurs pour tromper.