Du gaming à message à la professionnalisation du sport électronique, les pratiques du jeu vidéo explosent ces cinq dernières années. Le médium interactif vit donc aujourd'hui un passage à l'âge adulte fascinant. À reculons, The Gardens Between préfère retourner en enfance pour explorer les souvenirs communs d'Arina et Frendt. Mais son propos ne vise pas moins un public adulte. Le puzzle game narratif explore en effet des îlots abritant les bribes maladroites d'une amitié solide, au fil d'un onirisme sensible. La filmographie de Gondry ou le récent Maniac (de Cary Joji Fukunaga) sur Netflix ne sont pas t...

Du gaming à message à la professionnalisation du sport électronique, les pratiques du jeu vidéo explosent ces cinq dernières années. Le médium interactif vit donc aujourd'hui un passage à l'âge adulte fascinant. À reculons, The Gardens Between préfère retourner en enfance pour explorer les souvenirs communs d'Arina et Frendt. Mais son propos ne vise pas moins un public adulte. Le puzzle game narratif explore en effet des îlots abritant les bribes maladroites d'une amitié solide, au fil d'un onirisme sensible. La filmographie de Gondry ou le récent Maniac (de Cary Joji Fukunaga) sur Netflix ne sont pas très loin. Sans dialogues, The Gardens Between ouvre son espace sonore à la musique ambiante de Tim Shiel, fondateur de Spirit Level, label connu pour avoir hébergé Gotye en Australie. L'énervement et la frénésie n'y ont pas cours. Le jeu indé s'habille d'ailleurs d'un style visuel minimal, chill et low poly dans l'air du temps, notamment brandi par Donut County de Ben Esposito ( TheUnfinished Swan).Articulant chacune des îles à explorer de thèmes, entre préhistoire infantile, ordinateurs vintage ou paysages automnaux, le charmant voyage ne creuse, hélas, pas son histoire muette. Des objets symboliques forts comme une Famicom jonchent par exemple le sol de ses niveaux. Mais leur sens échappe au gamer. Le lien unissant Arina et Frendt s'exprime par contre via leurs déplacements synchronisés. En route vers le sommet de chaque île explorée, le joueur n'y contrôle pas directement la marche du binôme à l'écran. Mais il se contente d'influer sur le cours du temps, via des avances rapides et des rembobinages constants de l'action en cours, à la manière d'une VHS. Braid de Jonathan Blow utilisait des rewinds dans ses ressorts ludiques de plate-forme. Ici, The Voxel Agents épure cette formule qui permet par exemple de scier une planche bloquant un passage, à force d'allers-retours temporels. Cette simplicité se double toutefois de subtilités. Arina transporte ainsi une lampe-tempête qu'elle doit garder allumée jusqu'à la fin de chaque balade. Mis en danger par des éléments végétaux du décor croisant sa route, ce feu sacré sera protégé par les actions de Frendt. Ce dernier frappe des cloches éloignant parfois le danger. The Voxel Agents traduit l'amitié en gameplay en liant non seulement les déplacements de son binôme, mais aussi en rendant leurs actions dépendantes les unes des autres. Des moments de grâce logique exigeant de mémoriser des séquences alternent avec ceux de penser out of the box. Mais sa redondance ludique et la courte durée de l'expérience (une poignée d'heures) ne le clouent pas au sol. Comme autant de décors tournant sans cesse à 360 degrés, la succession d'îles de The Gardens Between lui autorise à tout le moins un virage à 180 degrés. De quoi oublier un moment les free to play de consommation courante auxquels il est coutumier sur smartphones. Déjà ça de pris.