Une fois Mr Trump libéré de ses fonctions -et nous de lui-, suggérons un test. Pas d'intelligence ni de connaissance politique -foiré d'avance- mais de musique. On emmènerait donc le blond-orange dans un endroit discret et sélect. Guantanamo semble bien. Où l'ex-président calamiteux serait gentiment attaché dans une pièce face aux deux seuls autres meubles, des enceintes de haute qualité. Lui faisant face, en grand volume. Afin de rendre toutes les nuances de cet album de Kahil El'Zabar qui a au moins un (vague) point commun de départ avec le trumpisme: souligner la beauté et la grand...

Une fois Mr Trump libéré de ses fonctions -et nous de lui-, suggérons un test. Pas d'intelligence ni de connaissance politique -foiré d'avance- mais de musique. On emmènerait donc le blond-orange dans un endroit discret et sélect. Guantanamo semble bien. Où l'ex-président calamiteux serait gentiment attaché dans une pièce face aux deux seuls autres meubles, des enceintes de haute qualité. Lui faisant face, en grand volume. Afin de rendre toutes les nuances de cet album de Kahil El'Zabar qui a au moins un (vague) point commun de départ avec le trumpisme: souligner la beauté et la grandeur de l'Amérique. À partir de là, les chemins divergent forcément. À savoir qu'El'Zabar -originellement Clifton Blackburn, né à Chicago en 1953- incarne à peu près tout ce que Trump a passé les quatre dernières années à dénigrer. Cet instrumentiste n'a en effet pas seulement un CV gratiné, ayant bossé avec Archie Shepp, Pharoah Sanders, Dizzy Gilespie ou encore Nina Simone, mais en Afro-Américain militant, il s'est investi longuement dans l'Association for the Advancement of Creative Musicians, cause noire revendicative , et propose une musique dont la matrice principale est le jazz. À son meilleur et plus frondeur. De quoi déjà agacer Donald sur sa chaise. Plaisir. El'Zabar n'est pas le premier musicien à vouloir transfigurer la partition de l'hymne national américain. Difficile d'échapper à la référence majeure en la matière: lorsque Jimi Hendrix à la sortie du Festival de Woodstock en août 1969, réinterprète le salut au drapeau, il le fait de manière incendiaire, onirique, psychédélique. Incluant des rafales noisy référentielles aux bombardements de la guerre du Viêtnam en cours. Ce qui est ressenti comme un " viol" du patrimoine par les conservateurs US n'est pourtant pas une première: en 1941, le Russe Igor Stravinsky, immigré aux USA, réarrange The Star-Splangled Banner, ce qui lui vaudra des ennuis avec la police. Celle-ci ne va sans doute pas interférer avec le travail d'El'Zabar, mais tous les fanatiques premier degré du drapeau étoilé vont éviter America the Beautiful. Y compris sa version chantée, qui conclut le disque, seul non-instrumental de neuf titres qui slaloment entre jazz, funk et sonorités africaines. Un itinéraire forcément pluriel où trompette et sax jouent un rôle majeur, accompagnés d'un violoncelle, tous étant orchestrés par la partition ambitieuse des percussions, tête chercheuse de l'album. Où l'on coche le moment exceptionnel Freedom March. Kahil & Co se lancent dans huit minutes d'une marche qui, au fur et à mesure qu'elle progresse, ressemble à ces rivières étroites gagnant peu à peu une densité fluviale. Et un motif hypnotisant, poussé par la sonorité unique du baryton d'Hamiet Bluiett, membre du World Saxophone Quartet, tirant d'ailleurs sa révérence peu après l'enregistrement en 2018. À Guantanamo, Trump haïra, c'est sûr.