The Bug
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The Bug DISTRIBUÉ PAR NINJA TUNE. 7 En 2008, The Bug, alias Kevin Martin, sortait London Zoo. En pleine bourre dubstep, le disque captait merveilleusement bien l'air du moment, de ce côté-là de la Manche. Un air vicié en l'occurrence, lourd et anxiogène, qui renvoyait moins aux costumes-cravates et loyers à cinq chiffres de la City qu'à la déglingue sociale et économique des quartiers périphériques -là où éclateront par exemple les émeutes de 2011. Sur la pochette de London Zoo, l'insecte en question imposait son ombre sur la capitale, en proie au grand incendie. Dans une patte de la bestiole, un crâne; dans une autre, un AK-47. Terreur sur la ville. La musique restait cependant encore la plus impressionnante. Un mix de basses lourdes, de secousses ragga, et de grésillements grime. Une bande-originale sombre, voire parano, mais aussi roublarde et déconnante, qui vaudra à l'album de passer aux yeux de beaucoup pour un classique du genre. Est-ce pour cette raison -la reconnaissance et la pression qui l'accompagne- que Kevin Martin a pris tellement de temps pour lui donner un successeur? Six ans précisément pendant lesquels il aura développé d'autres projets (King Midas Sound, Black Chow), essayant de se dépatouiller de l'étiquette dubstep qui ne lui correspondait qu'à moitié. Six années au cours desquelles sa vie personnelle aura également été complètement bouleversée, à la fois par la paternité et un déménagement à Berlin. La bestiole est-elle dès lors encore capable de gratter? Au premier abord, Angels & Devils paraît botter en touche. Pour son retour, The Bug s'est aventuré dans un disque en deux temps. La partie Angels lance l'album. A l'image de Save Me (avec ce grand allumé cosmique de Gonjasufi), les atmosphères sont plus planantes qu'à l'habitude. Sur Void, la voix de Liz Harris (Grouper) flotte ici dans l'ether, alors que la basse dub rebondit contre les murs. Ascension est un trip ambient passé à la sulfateuse, tandis que le lugubre Pandi se déploie lentement, entre orgues d'église et musique drone. Certes, The Bug menace plus qu'il ne dérouille, mais cela n'enlève toujours rien au côté inquiétant de l'entreprise. Les gnons, il les a en fait réservés pour la seconde moitié du disque. Il suffit de parcourir les titres: Dirty est un ragga-dub complètement flippant et étouffant, Fuck You greffe le flow reggae de la fidèle Warrior Queen sur un groove indu, fracturé et grondant -une certaine idée de la musique électronique vue comme bande-son urbaine angoissée. En découpant ainsi ses humeurs, Angels & Devils pourrait donner l'impression de ne pas vouloir choisir. Comme si The Bug n'assumait pas ses nouvelles envies. Dans les faits pourtant, l'album conserve une cohérence. Mieux: tout en confirmant que London Zoo n'était pas un accident, il élargit les horizons de The Bug. On n'a pas fini de chercher la petite bête... LAURENT HOEBRECHTS