Ça commence comme un film noir, très noir, à la Melville où des gangsters stylés aux lunettes fumées préparent un mauvais coup depuis leur planque. Mais au huis clos terrestre s'en substitue bientôt un autre, maritime celui-là, la bande embarquant sur un bateau maudit au tonnage radioactif, volatile et mortifère, qui ...

Ça commence comme un film noir, très noir, à la Melville où des gangsters stylés aux lunettes fumées préparent un mauvais coup depuis leur planque. Mais au huis clos terrestre s'en substitue bientôt un autre, maritime celui-là, la bande embarquant sur un bateau maudit au tonnage radioactif, volatile et mortifère, qui transforme la traversée en voyage au bout de la nuit et de la démence façon Joseph Conrad. Simples pantins manipulés, les passagers s'accrochent alors aux mots comme à autant de bouées trompeuses tandis que leur prison flottante dérive vers une île fictive semblant concrétiser la somme de toutes leurs peurs... Bienvenue chez le Français du Cantal F.J. Ossang, ( Le Trésor des îles Chiennes, Docteur Chance, Dharma Guns), franc-tireur punk et lettré aux élans poétiques adepte de l'hypnose. Grand théâtre d'ombres portant l'empreinte de l'expressionnisme allemand des années 20, avec ses ouvertures et fermetures à l'iris, son travail en clair-obscur sur la lumière, sa composition très géométrique des plans, 9 doigts convoque esthétiquement les fantômes du cinéma muet. En résulte un film-transe, halluciné, à la limite de l'hermétisme, labyrinthe mental où la tempête ne se joue pas tant sur les flots que sous les crânes. Un " cinéma-guérilla et d'un autre temps", comme le dit l'acteur Paul Hamy dans l'un des trois entretiens proposés en bonus DVD, furieusement libre et à contre-courant, qui fait tout de même dire à l'un de ses personnages: " Ne rien comprendre, c'est la clé."