DE DENIS JEAMBAR, FRANçOIS BORDES ET STANISLAS KRALAND.
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DE DENIS JEAMBAR, FRANçOIS BORDES ET STANISLAS KRALAND. C'est sûr, la presse est malade. Il suffit de prendre le pouls autour de soi. Qui lit encore le journal quotidiennement parmi les plus jeunes? Qui confronte ses sources d'information? Qui fait encore confiance aux journalistes? Réponse: de moins en moins de monde. La faute à quoi? A Internet. Parce que les médias traditionnels ne parviennent pas encore à négocier le virage web, qu'ils perdent chaque jour des adeptes, qu'ils essaient souvent de copier l'écran de PC en ne proposant pas de valeur ajoutée, qu'ils se laissent contaminer par la rumeur, que leur utilité est contestée par ceux qui estiment qu'avec le Net, ils savent tout, tout de suite... Le plus ironique là-dedans est que la plupart des sites d'info ne sont pas rentables: Internet, c'est l'avenir, dit-on, mais les annonceurs préfèrent encore s'afficher à la télé, à la radio, ou dans la gazette. De l'argent, il n'y en a plus d'un côté, il n'y en a pas de l'autre. Ce mardi, Arte propose via un Thema Main basse sur l'info une réflexion qui aère un peu les esprits. Une fenêtre ouverte à côté d'une porte qui se ferme. Une manière de sortir des cercles concentriques dans lesquels se sont enfermés les médias. 8 journalistes bien connus, 8 dinosaures de l'info, sont amenés à penser les mutations de leur métier, eux qui ont vécu l'avant et l'après déferlante Web. Arlette Chabot, Franz-Olivier Giesbert, Edwy Plenel, Eric Fottorino, Jean-Pierre Elkabbach, Philippe Val, David Pujadas et Axel Ganz ont carte blanche. Denis Jeambar, ancien directeur de l'Express à l'initiative de ce court documentaire, leur a demandé de lui soumettre un édito sur les difficultés de la profession. Un exercice dont les résultats sont étonnants. Ainsi, le présentateur du JT de France 2 David Pujadas parle, dans un billet particulièrement bien senti, d' "un problème qui n'est pas à côté de nous, mais en nous. Le journaliste souffre d'abord de conformisme et de mimétisme". Lui, ce qui le gêne, c'est ce bruit de fond, ce bourdonnement qui est le même partout, puisque "(...) la presse écrite regarde la télé, la télé écoute la radio, et la radio lit les journaux". Ce qui l'embête, surtout, c'est "le journalisme des bons sentiments", celui, bien-pensant, qui dit que le faible a toujours raison contre le fort. Philippe Val, directeur de France Inter, ne dit pas autre chose lorsqu'il affirme que "Le pire ennemi du journalisme, c'est la conviction d'être au service du bien et de la pureté." Plus loin: "Ce n'est pas parce qu'il exprime son opinion qu'un journaliste est libre et indépendant, c'est quand il pense d'abord contre son opinion pour ensuite livrer son analyse. C'est à ce prix qu'il exerce sa liberté." Edwy Plenel, ex-Le Monde, fondateur du site Mediapart, aborde lui aussi la question de l'opinion. "Avant, les citoyens devaient passer par nous pour exprimer leur opinion... Nous étions un relais indispensable." La fin de ce monopole de la parole est pour lui une bonne nouvelle. "Ça nous remet à notre place. (...) Le travail sur l'info, l'enquête, le reportage: c'est ça, notre job!"23 minutes particulièrement interpellantes, qui intéresseront non seulement les pros des médias mais aussi tous ceux qui sont attachés à la démocratie: ça fait un paquet de gens. Myriam Leroy