Présenté en ouverture d'Un Certain Regard à Cannes en juillet dernier, Onoda, le second long métrage d'Arthur Harari, restera sans conteste comme l'un des grands films de 2021. Le réalisateur français, auteur, au mitan des années 2010, de Diamant noir, y revient sur l'épopée d'Hirô Onoda, soldat japonais qui devait garder le maquis sur une île philippine jusqu'en 1974, persuadé que la Seconde Guerre mondiale se poursuivait(1). Un destin incroyable, ayant inspiré au cinéaste un film ne l'étant guère moins, drame envoûtant fondant en quelque équipée hy...

Présenté en ouverture d'Un Certain Regard à Cannes en juillet dernier, Onoda, le second long métrage d'Arthur Harari, restera sans conteste comme l'un des grands films de 2021. Le réalisateur français, auteur, au mitan des années 2010, de Diamant noir, y revient sur l'épopée d'Hirô Onoda, soldat japonais qui devait garder le maquis sur une île philippine jusqu'en 1974, persuadé que la Seconde Guerre mondiale se poursuivait(1). Un destin incroyable, ayant inspiré au cinéaste un film ne l'étant guère moins, drame envoûtant fondant en quelque équipée hypnotique aventures physique et mentale. Formé aux techniques de guérilla et à la guerre secrète, le lieutenant Onoda avait été envoyé fin 1944 sur l'île philippine de Lubang, afin de stopper les avancées américaines par des actes de sabotage. La débâcle nipponne se précisant, il allait se replier dans la jungle avec quelques hommes, organisant leur survie et continuant à mener des opérations commando sporadiques et vaines contre les autochtones, la nouvelle de la capitulation du Japon ne leur étant pas parvenue. La situation devait s'éterniser, Onoda et son second, Kozuka, restant sourds aux appels à la reddition, même formulés par des proches. En quoi ils ne voudront voir, en dépit de l'évidence, que montages grossiers et propagande ennemie -"fake news", dirait-on aujourd'hui-, leur loyauté confinant au fanatisme. Si Onoda trouve là une résonance manifeste avec le présent -" sur la question de la croyance, du refus du réel, de la nécessité presque furieuse de lire le réel autrement qu'il ne se donne, il n'est pas possible de ne pas le mettre en parallèle avec quelque chose de contemporain", nous confiait le réalisateur-, le film tend aussi à l'intemporalité, mettant en scène, comme Diamant noir avant lui, un individu prisonnier d'une obsession. Motif éminemment cinématographique auquel le réalisateur confère une expression fascinante, l'épreuve physique adoptant des déclinaisons conradiennes. Si l'on pense forcément au Apocalypse Now de Francis Ford Coppola, la référence n'est en rien écrasante cependant, Arthur Harari réussissant à imprimer à l'ensemble une touche éminemment personnelle, par sa mise en scène sensorielle comme par la dilation du temps et du rythme qui semble bientôt absorber le spectateur. Suspendu, comme les protagonistes de cette histoire ahurissante, aux notes vaguement mélancoliques de Hokuman Dayori. Un maître-film, auquel l'édition DVD ajoute le court métrage Peine perdue (2013), variation inspirée autour des jeux de séduction et du sentiment amoureux.