Fire & Fury de Michael Wolff n'est pas que le livre le plus lu de ce début d'année, c'est aussi le plus piraté. On m'a refilé le PDF sans que je ne demande rien à personne et il m'a fallu deux soirs pour en venir à bout. Je me suis bien marré. C'est que Trump me fait plutôt rire, oui. J'attends non sans impatience le coup de pied final à son gros cul ou la grosse frite de trop qui se coince dans son "shithole" mais je ne suis pas de ceux que ce type effraye et, après un an de débilités profondes, il ne parvient à vrai dire même plus à me scandaliser. Il me fatigue, ça oui, mais ça ne m'empêche pas de me plonger chaque soir avec délectation dans les articles qui racontent ses frasques quotidiennes. D'où, avant toute chose, le sentiment d'utilité de Fire & Fury: Donald Trump balance tellement de couillonnades qu'il semble tout de même utile de les archiver, car elles s'oublient sinon vite, l'une chassant rapidement l'autre (encore plus depuis ce début d'année, où Trump semble vraiment en surchauffe et en pond désormais plusieurs par jour).
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Fire & Fury de Michael Wolff n'est pas que le livre le plus lu de ce début d'année, c'est aussi le plus piraté. On m'a refilé le PDF sans que je ne demande rien à personne et il m'a fallu deux soirs pour en venir à bout. Je me suis bien marré. C'est que Trump me fait plutôt rire, oui. J'attends non sans impatience le coup de pied final à son gros cul ou la grosse frite de trop qui se coince dans son "shithole" mais je ne suis pas de ceux que ce type effraye et, après un an de débilités profondes, il ne parvient à vrai dire même plus à me scandaliser. Il me fatigue, ça oui, mais ça ne m'empêche pas de me plonger chaque soir avec délectation dans les articles qui racontent ses frasques quotidiennes. D'où, avant toute chose, le sentiment d'utilité de Fire & Fury: Donald Trump balance tellement de couillonnades qu'il semble tout de même utile de les archiver, car elles s'oublient sinon vite, l'une chassant rapidement l'autre (encore plus depuis ce début d'année, où Trump semble vraiment en surchauffe et en pond désormais plusieurs par jour). Selon certains critiques, Michael Wolff ne serait pas un journaliste très crédible. Des points du bouquin sont mis en doute et on lui reproche surtout de trop se contenter de ragots. C'est curieux parce que moi qui lit chaque soir sur Trump donc, je n'ai en fait jamais été surpris par Fire & Fury. Tout ce qui s'y trouve a déjà été dit ailleurs. Limite, on pourrait donc surtout suspecter Wolff de ne pas être trop sorti de chez lui, sauf pour acheter les gazettes et en réécrire les articles à sa sauce. Ce qui fait en réalité du livre une bonne synthèse des premiers mois de la présidence Trump, ainsi qu'une bonne base à un éventuel futur scénario d'Armando Iannucci, par exemple. Michael Wolff est d'ailleurs probablement conscient qu'il n'a pas écrit un grand livre politique, qu'il ne risque pas de concourir pour le Pulitzer. En revanche, après s'être vendu comme des petits pains, Fire & Fury s'achètera très certainement au prix de quelques ponts à Hollywood, pour finir en probable classique de la comédie politique du XXIe siècle. Bref, c'est plus un exemple pour Linkedin que pour le journalisme. Mais il est marrant, donc. Et on peut aussi quoi qu'il en soit déjà le remercier d'avoir précipité la fin, peut-être vraiment définitive, de la carrière politique de Steve Bannon, aujourd'hui lâché par tous alors que Fire & Fury se termine justement sur les ambitions présidentielles de ce sinistre personnage. Qui ne me fait pas rire du tout, lui. Bien qu'imaginer la campagne électorale de 2020 avec Steve Bannon d'un côté et Oprah Winfrey, Mark Zuckerberg et Kanye West de l'autre peut relever du sommet comique... si on aime l'absurde et le cynisme. Mais trop is te veel, non? Fire & Fury m'a principalement fait sourire. Je dois par contre au ramdam autour du bouquin mon premier fou rire de l'année. Un vrai, un long, du genre qui fait mal au ventre. Alors que dans les médias et sur les réseaux sociaux, ça débattait ferme et comme d'habitude assez bêtement au sujet du contenu -réel ou inventé?- du bouquin, un petit malin du nom de Ben Ward (alias @pixelatedboat) a en effet fichu une pagaille monstre en inventant un faux extrait du bouquin (voir ci-dessous), façon Gorafi, que beaucoup de gens ont évidemment ensuite pris très au sérieux. "Lors de sa première nuit à la Maison Blanche, le Président Trump s'est plaint que la télévision de sa chambre était cassée, car elle n'avait pas The Gorilla Channel. Trump semblait penser qu'il existait une chaîne de télévision qui ne passe que du contenu avec des gorilles, 24 heures sur 24", commence la blague. Avant de prétendre que pour pleinement satisfaire le "commander in chief", le personnel qualifié de la Maison Blanche aurait donc créé une fausse chaîne interne consacrée entièrement aux gorilles, en compilant des extraits de documentaires animaliers. Ce qui aurait vite ennuyé Trump, rapidement lassé que les singes s'y contentent de manger des feuilles, de s'épouiller et de dormir. C'est alors que cette Gorilla Channel serait devenue une chaîne retransmettant 24 heures sur 24 des combats de singes. Une chaîne que Trump aurait regardé jusqu'à 17 heures par jour, allant même jusqu'à parler aux gorilles à l'écran, pour les encourager et leur donner des conseils de coups et de ruses. Rien que de l'écrire, me revoilà en train de flirter avec l'anévrisme.C'est d'autant plus fabuleux que des "influenceurs" de réseaux sociaux et des journalistes politiques reconnus sont complètement tombés dans ce panneau. The Gorilla Channel est devenu un mème. Netflix s'en est amusé, prétendant être submergé de demandes. Vice, eux, ont été jusqu'à créer leur propre chaîne consacrée aux gorilles. Complètement dépassés par le succès de cette blague et le sérieux avec laquelle elle a été prise, Ben Ward et d'autres ont fini par avouer qu'elle relevait de l'invention et de la parodie. Certains se sont alors mis à analyser pourquoi elle avait marché à ce point. Et d'en rappeler l'inspiration bien réelle. Dans "Trump & Me", un article du New Yorker de 1997 (qui existe désormais lui aussi en petit bouquin bien marrant chez Penguin Books), le journaliste Mark Singer avait en effet raconté une anecdote relativement similaire. Trump avait alors pour film favori Bloodsport, avec Jean-Claude Van Damme, un nanar qui dure dans les deux heures. Pourtant, à chaque vision, Trump ne lui consacrait que 45 minutes, passant en avance rapide toutes les scènes d'exposition pour ne regarder que les bagarres. Celle là non plus n'a pas fini de me faire rire.