Ecrivain gantois, Stefan Hertmans a commencé sa carrière romanesque en 1994 avec la publication d'un premier roman Naar Merelbeke (non traduit), avant de bâtir ensuite au fil du temps une carrière, d'essayiste, de dramaturge, de prosateur et de poète. Après Entre Villes, où il s'interrogeait sur la vie urbaine en évoquant des villes d'Europe et leurs habitants, il fait le projet de retracer dans Guerre et Térébenthine la vie de son grand-père Urbain Martien, né à Gand en 1891, contraint de travailler à la fonderie locale à 13 ans avant de devenir peintre une fois mis à la retraite pour invalidité militaire. Enorme succès en Flandre et aux Pays-Bas, le roman atteindra le chiffre incroyable de 300 000 exemplaires vendus en néerlandais (le livre sera traduit en 24 langues et sélectionné pour le Man Booker International Prize) avant d'être traduit en français aux éditions Gallimard en 2015. Dans Le Coeur converti, l'intellectuel flamand s'attache cette fois à faire revivre, à partir d'un document retrouvé au Caire, le destin tragique de celle qui, à mille ans d'intervalle, au Moyen Age, fut sa voisine dans le petit village provençal de Monieux où il possède une maison : Vigdis, une jeune noble d'origine normande convertie par amour pour un fils de rabbin, étudiant à la yeshiva de Rouen, et qui aurait trouvé refuge à Monieux avec lui, avant que le village ne soit le théâtre d'un pogrom... D'un style simple et sans apprêt, mais d'un réalisme visuel et d'une poésie naturaliste, le roman entonne, au travers d'ellipses temporelles, non pas une balade des pendus, mais celle d'un temps suspendu.
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