Les noms de John Green, Christophe Mauri, Robert Muchamore, Christelle Dabos, Stephenie Meyer ou Timothée de Fombelle ne résonnent pas en vous, alors que vous lisez régulièrement les pages culture de votre magazine et, on imagine, beaucoup de bouquins? Alors, soyez forts, et désolé de vous l'annoncer un peu abruptement: vous êtes vieux. Ou, disons, plus assez jeune au sens - vaste - que la littérature donne aujourd'hui à cette notion, puisque tous les auteurs précités sont de véritables stars pour les amateurs de livres qui ont, à la louche, entre 8 et 20 ans. John Green a vendu plus de deux millions d'exemplaires de ses Etoiles contraires, Christophe Mauri casse la baraque avec sa série fantasy Mathieu Hidalf, Robert Muchamore a créé le phénomène Cherub, dont les 17 tomes se sont écoulés à 3,3 millions d'exemplaires rien qu'en français, quant à Stephenie Meyer, elle est à l'origine de la saga Twilight qui, comme Hunger Games ou Divergente, a mêlé littérature de genre et émois sentimentaux (et surtout adolescents), et donne le "la" de la production dite young adult depuis plus de dix ans. Le tout à l'ombre, évidemment, du phénomène Harry Potter, qui, depuis 1997, a révolutionné le genre, en a érigé les nouveaux codes et continue d'affoler les compteurs. On estimait ses ventes mondiales il y a deux ans à un demi-milliard de livres... En ce début de mois de décembre en France, sa nouvelle réédition en Poche Jeunesse était à nouveau n°1.
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Les noms de John Green, Christophe Mauri, Robert Muchamore, Christelle Dabos, Stephenie Meyer ou Timothée de Fombelle ne résonnent pas en vous, alors que vous lisez régulièrement les pages culture de votre magazine et, on imagine, beaucoup de bouquins? Alors, soyez forts, et désolé de vous l'annoncer un peu abruptement: vous êtes vieux. Ou, disons, plus assez jeune au sens - vaste - que la littérature donne aujourd'hui à cette notion, puisque tous les auteurs précités sont de véritables stars pour les amateurs de livres qui ont, à la louche, entre 8 et 20 ans. John Green a vendu plus de deux millions d'exemplaires de ses Etoiles contraires, Christophe Mauri casse la baraque avec sa série fantasy Mathieu Hidalf, Robert Muchamore a créé le phénomène Cherub, dont les 17 tomes se sont écoulés à 3,3 millions d'exemplaires rien qu'en français, quant à Stephenie Meyer, elle est à l'origine de la saga Twilight qui, comme Hunger Games ou Divergente, a mêlé littérature de genre et émois sentimentaux (et surtout adolescents), et donne le "la" de la production dite young adult depuis plus de dix ans. Le tout à l'ombre, évidemment, du phénomène Harry Potter, qui, depuis 1997, a révolutionné le genre, en a érigé les nouveaux codes et continue d'affoler les compteurs. On estimait ses ventes mondiales il y a deux ans à un demi-milliard de livres... En ce début de mois de décembre en France, sa nouvelle réédition en Poche Jeunesse était à nouveau n°1. Si les médias et les cercles littéraires adultes continuent de mépriser largement cette littérature (très) segmentée et pour l'essentiel dite de divertissement, c'est pourtant là que ça se passe: selon les derniers chiffres GfK de l'édition francophone, un livre sur quatre vendu tient désormais de la littérature jeunesse (en ce compris la BD), et 90% des 14.000 nouveautés qui arrivent chaque année (hors Covid) sur les étals sont à mettre au crédit "du segment livre jeunesse". Pas mal pour une littérature qui ne peut compter que sur les libraires, les cours de récré et les réseaux sociaux pour se faire connaître et, qui sait, atteindre le Graal: obtenir une adaptation au cinéma, ou en série sur Netflix , et devenir pop culture. "Cette notion de roman jeunesse est très vaste, elle va des premières fictions courtes encore accompagnées d'images pour les enfants qui viennent d'apprendre à lire, jusqu'à ces romans dits young adult destinés aux lecteurs de 14 à 20 ans. Mais tout dépend évidemment de la maturité du lecteur", explique Céline Charvet, éditrice "roman jeunesse" chez Casterman, connu pour ses bandes dessinées, mais qui publie également entre 30 et 40 romans jeunesse par an. Dont ce Cherub - récits d'espionnage anglais où les espions ont de 10 à 17 ans - "qui a rapidement tourné au phénomène en recrutant largement au-delà de sa cible de base, qui devait être les 11-14 ans. Un succès qui s'est bâti presque tout seul, dans les cours de récré et les réseaux sociaux, comme Nos étoiles contraires. Et si on n'atteint plus les records de ventes complètement dingues d'il y a dix ans, quand le premier tome d'une trilogie type Hunger Games se vendait facilement à 500.000 exemplaires, le secteur est devenu extrêmement riche et très diversifié, avec de plus en plus d'auteurs d'un excellent niveau, qui ont eux-mêmes grandi avec Harry Potter. On peut le diviser grossièrement en deux catégories: la littérature de genre, fantasy, anticipation, dystopie, qui est extrêmement codifiée, et une littérature young adult plus réaliste, contemporaine, mais surtout très moderne dans son approche et ses thématiques: racisme, intégration, sexualité, égalité hommes-femmes... Elle est, par exemple, beaucoup plus LGBT friendly que la littérature dite pour adulte. Même si elle souffre encore d'un énorme déficit de reconnaissance." Un constat qui ne tient peut-être pas de la fatalité: de plus en plus de romans dits jeunesse s'invitent dans les short list des prix littéraires, quand ce ne sont pas les auteurs installés dans l'adulte qui viennent s'y essayer, tel Michel Bussi (lire encadré). Après tout, il fut un temps, celui de L'Attrape-Coeur, du Grand Meaulnes ou de Sa majesté des Mouches, où le distinguo ado/adulte n'avait pas beaucoup de sens, qu'il soit littéraire, ou marketing.