Ce n'est pas Guillaume Bouzard qui nous dira le contraire, lui qui a justement imaginé et dessiné rien que pour nous l'arrivée de "son" Lucky Luke dans les bulles du festival: les cow-boys ont la cote en BD! La tendance était déjà présente l'année dernière avec la formidable exposition consacrée au Lucky Luke de Morris, à l'occasion de son 70e anniversaire; elle s'est confirmée cette année avec une omniprésence de Stetson et de colts dans le festival et chez la plupart des éditeurs, quel que soit leur style ou leur ligne éditoriale respective. La faute, en grande partie, à Hermann, nommé par ses pairs président de cette édition, dont la carrière et l'imposante rétrospective sont presque entièrement dévouées au western, qu'il fût réaliste avec Comanche, post-apocalyptique avec Jeremiah ou d'une brûlante actualité avec Duke, sa nouvelle série (entamée à l'âge de 78 ans!) réalisée avec son fils Yves H. au scénario. Mais Hermann n'est pas le seul responsable de cette omniprésence, nombre d'éditeurs ont profité d'Angoulême pour dégainer leur western, qu'ils soient dans une veine traditionnelle et réaliste comme les séries Undertaker ou Stern chez Dargaud ou comme le one-shot La Biographie des Frères Dalton, chez Paquet, humoristiques comme la série Lincoln (Glénat) ou l'hilarant "Lucky Luke par..." de Bouzard (Dargaud encore), voire carrément inclassables comme le Scalp de Hugues Micol ou l'inattendu retour de Gus, la formidable série de Blain. Quelques titres parmi d'autres qui prouvent l'étonnante vivacité d'un genre dont l'intérêt, chez les auteurs et les lecteurs, ne faiblit pas, sans qu'il s'explique pour autant. À moins de revenir sur son histoire et son évolution avec quelques-uns de ses auteurs.
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Ce n'est pas Guillaume Bouzard qui nous dira le contraire, lui qui a justement imaginé et dessiné rien que pour nous l'arrivée de "son" Lucky Luke dans les bulles du festival: les cow-boys ont la cote en BD! La tendance était déjà présente l'année dernière avec la formidable exposition consacrée au Lucky Luke de Morris, à l'occasion de son 70e anniversaire; elle s'est confirmée cette année avec une omniprésence de Stetson et de colts dans le festival et chez la plupart des éditeurs, quel que soit leur style ou leur ligne éditoriale respective. La faute, en grande partie, à Hermann, nommé par ses pairs président de cette édition, dont la carrière et l'imposante rétrospective sont presque entièrement dévouées au western, qu'il fût réaliste avec Comanche, post-apocalyptique avec Jeremiah ou d'une brûlante actualité avec Duke, sa nouvelle série (entamée à l'âge de 78 ans!) réalisée avec son fils Yves H. au scénario. Mais Hermann n'est pas le seul responsable de cette omniprésence, nombre d'éditeurs ont profité d'Angoulême pour dégainer leur western, qu'ils soient dans une veine traditionnelle et réaliste comme les séries Undertaker ou Stern chez Dargaud ou comme le one-shot La Biographie des Frères Dalton, chez Paquet, humoristiques comme la série Lincoln (Glénat) ou l'hilarant "Lucky Luke par..." de Bouzard (Dargaud encore), voire carrément inclassables comme le Scalp de Hugues Micol ou l'inattendu retour de Gus, la formidable série de Blain. Quelques titres parmi d'autres qui prouvent l'étonnante vivacité d'un genre dont l'intérêt, chez les auteurs et les lecteurs, ne faiblit pas, sans qu'il s'explique pour autant. À moins de revenir sur son histoire et son évolution avec quelques-uns de ses auteurs. Si la réussite et le succès populaire de Lucky Luke ont longtemps fait de l'ombre aux westerns humoristiques (il faudra attendre Les Tuniques Bleues pour lire, en français, d'autres exemples), le genre dans son ensemble a rapidement trouvé dans la BD un terreau d'une rare fertilité, avec de grandes séries d'aventures toutes aujourd'hui considérées comme des classiques: Jijé crée Jerry Spring en 1954, suivi neuf ans plus tard par le Blueberry de Charlier et Giraud, lui-même suivi par Comanche, de Greg et Hermann. Trois grands classiques qui à l'époque empruntaient alors beaucoup aux westerns de John Wayne, plus violents et moins légers que les serials des années 30, mais restaient pour l'essentiel toujours aussi binaires. Les années 60 et l'avènement du cinéma de Peckinpah, plus sombre, adulte et nuancé que ses prédécesseurs, modifiera de même la donne en BD: Giraud suivra avec Blueberry cette voie plus naturaliste et torturée, alors qu'Hermann fera de même en... abandonnant Comanche et en créant Jeremiah, western cette fois moderne et post-apocalyptique. Un choix que le président du festival nous expliquait récemment: "Greg était marqué par un certain cinéma, plus John Wayne que Peckinpah, qui ne me convenait plus. Je voulais autre chose, plus dur, plus collant à la réalité, moins stéréotypé. Le Wyoming de Greg tenait plus du fantasme que de la documentation. Depuis, mes retours au western se sont faits sous d'autres influences. On a tué Wild Bill, par exemple, est influencé en grande partie par le Little Big Man d'Arthur Penn."Yves H., scénariste et fils d'Hermann, confirme: "Je sais ce qui l'ennuie, je sais ce que je dois lui servir: rien de contemporain, beaucoup de grands espaces et l'expression, parfois, d'une violence encore sauvage. Or le western, c'est une version modernisée de la tragédie grecque: si le genre est extrêmement défini, codé, tout y est permis! Et c'est aussi l'envie affichée du grand public: la série des Comanche, plus encore que Bernard Prince, représente les fonts baptismaux de son oeuvre, elle fait l'unanimité. Quand l'envie d'une nouvelle série nous a démangés, on a même pensé un temps à reprendre Comanche pour le renouveler, mais les ayants-droits de Greg n'étaient pas d'accord. Duke, c'est un Comanche plus moderne, avec des ressorts plus psychologiques et moins manichéens." Cette mue vers plus de modernité du western franco-belge réaliste et traditionnel s'est exprimée dès les années 70, avec la montée en puissance d'un cinéma de genre plus naturaliste, incarné par Little Big Man ou Jeremiah Johnson. Et s'incarnera en bande dessinée dans le personnage de Buddy Longway, créé par le Suisse Derib en 1974, cinq ans après la naissance de Yakari, son western humaniste destiné spécifiquement aux enfants -et qui continue lui aussi de faire la joie des (jeunes) festivaliers. Buddy Longway a à lui seul cassé bien des codes: les Indiens et la nature sont au centre des intrigues, les personnages vieillissent, meurent parfois... La figure du héros n'est plus ce qu'elle était. Le champ des possibles était désormais ouvert: le genre va, comme au cinéma, s'ouvrir à tous les styles, de l'humoristique au réaliste, en passant par la grande tendance de ces dernières années, après des années 2000 moins excitantes, et qui consiste à déconstruire et à dévoyer le genre pour mieux en extraire la quintessence. Ou, comme Bouzard, juste pour bien se gondoler. Si des auteurs comme Blain, Hugues Micol ou Frederik Peeters se plaisent à réellement dévoyer le genre avec, respectivement, Gus, Scalp ou L'Odeur des garçons affamés, pendant que d'autres lui rendent hommage comme le formidable Ralph Meyer avec Undertaker ou Matthieu Bonhomme avec ses Texas Cowboys sur scénario de Trondheim et le premier one-shot Lucky Luke -qui vient de rafler à la fois le prix du public et celui des lycées-, d'autres comme Guillaume Bouzard donc, un auteur presque aussi drôle que ses BD, y voient surtout une occasion de bien rire en en détournant les codes, les clichés ou les figures imposées -puisque tout le monde les connaît. "C'est comme si on m'avait permis d'utiliser un chalumeau sur des jouets en plastique super connus!",s'esclaffe l'auteur, unanimement apprécié, de Jolly Jumper ne répond plus, deuxième "Lucky Luke par..." et qui est autant un album de Lucky Luke qu'un véritable album de Bouzard, celui de ses premiers fanzines Caca Bémol, de Plageman, de Autobiography of me ou de son récent Le Rugby, qui sort en même temps dans la Petite Bédéthèque des Savoirs -lui qui ne s'en était jusque-là pris qu'au football, pour le plus grand plaisir du magazine So Foot. "C'est l'éditeur de Dargaud, Philippe Osterman, qui m'a proposé cet album, il me voyait bien dans cet univers. J'ai évidemment dit oui tout de suite, c'était trop bien, même si je me demandais ce que mon style un peu outrancier pouvait donner sur un western, même humoristique: le genre demande normalement une imagerie forte, des décors et, de fait, j'en ai chié grave avec les colts et les chapeaux! Mais la BD, ça m'est venu quand mon père m'a abonné à Spirou, je devais avoir 7 ans; je suis devenu raide dingue des Tuniques Bleues et de Lucky Luke, j'ai tout de suite su que c'était ça que je voulais faire! Et ici, j'ai trouvé les conditions idéales: on m'a laissé une totale liberté, dont celle de complètement m'approprier le personnage. Rapidement, il est devenu "mon" Lucky Luke, que j'ai donc traité comme je le fais avec mes autres BD; je n'écris jamais de scénario -je ne suis pas dilettante mais un peu feignant, je déteste faire deux fois la même chose. J'avais cette saynète d'un type méconnaissable et barbu qui rentre chez le coiffeur et en ressort en Lucky Luke, l'idée aussi de traiter la relation entre Lucky et son cheval comme une parabole du couple, et puis de jouer avec tout ce qu'on connait de la série: ses méchants, ses couleurs, ses figures répétitives -je me suis juste privé de Rantanplan, faut jamais rajouter de crème sur un bon gâteau. Ensuite j'essaie de raccrocher le tout, mais en gardant cette urgence, cette spontanéité: c'est cette vitesse d'exécution qui donne, je crois, l'énergie et la vivacité de mon trait et de mes histoires."On confirme: Jolly Jumper ne répond plus multiplie à chaque planche les clins d'oeil, les jeux de mots et les phrases à double sens, dans une intrigue qui voit Jolly Jumper snober son cow-boy, à qui il refuse désormais d'adresser la parole. On y voit même Ma Dalton se préparer à épouser Phil Defer! Une totale réussite, réellement hilarante, et qui devrait connaître le même succès que L'Homme qui tua Lucky Luke, le one-shot de son prédécesseur Matthieu Bonhomme. Non, décidément, le western, même gentiment moqué, n'est pas près de déserter le rayon BD.